<div class="chapeau">LE PROJET D’INSTALLATION DE LA COLLECTION PINAULT DANS LA BOURSE DE COMMERCE À PARIS COMMENCE PAR LA RESTAURATION D’UN MONUMENT HISTORIQUE. CET ÉDIFICE EXCEPTIONNEL DE L’ARCHITECTURE CLASSIQUE FRANÇAISE, MANIFESTE DU PLAN CIRCULAIRE, A FAIT L’OBJET D’UNE RECONNAISSANCE PATRIMONIALE PROGRESSIVE : D’ABORD LA COLONNE DE MÉDICIS, CLASSÉE DÈS 1862, ENSUITE LE BÂTIMENT DANS SA TOTALITÉ, INSCRIT EN 1975, ET ENFIN LA CHARPENTE DE LA COUPOLE CONÇUE PAR FRANÇOIS BÉLANGER, CLASSÉE EN 1986.</div> <br> <br> <div class="col m-16"> <span class="title">LA RESTAURATION DE L’ÉTAT 1889 /</span><br> <span class="title">RESTORATION OF THE BOURSE DE COMMERCE</span><br> <span class="title">RETURN TO ITS CONDITION OF 1889</span> </div> <div class="clear"><br></div> <div class="col m-4 auteur pull-left"> <div class="inner" style="padding-top:20px;"> <div class="white"> <a class="switch">Texte</a><br> <b>Pierre-Antoine Gatier</b><br> <span style="display: none;"> Architecte en chef des Monuments historiques </span> </div> </div> </div> <div class="col m-4 auteur pull-right noclick"> <div class="inner"> <div class="white"> <a class="switch">Photographies</a><br> <b>Patrick Tourneboeuf</b> </div> </div> </div> <div class="clear"><br><br><br><br><br><br></div> <span class="alinea"></span>L’importance de la valeur patrimoniale de la Bourse de Commerce a imposé une démarche d’investigations historiques allant de la recherche documentaire aux sondages <i>in situ,</i> favorisant les approches non destructives. Les archives ont permis de reconstituer l’histoire complexe de la Bourse de Commerce, rythmée par des transformations successives jusqu’à son état le plus abouti, celui de 1889. <br><br> <span class="alinea"></span>La campagne de sondages a été menée sur les structures intérieures du bâtiment, jusque-là masquées. Ainsi, les planchers métalliques en profilés de fer puddlé, supports de voutains de briques creuses, ont pu être analysés grâce au géoradar. Par ailleurs, des matériaux très courants à la fin du XIXe siècle, mais presque systématiquement perdus aujourd’hui, ont pu être retrouvés, notamment les carreaux de plâtre et de mâchefer formant les cloisons des bureaux, ou encore les dalles de verre épaisses, dites « glaces », formant les planchers transparents du couloir annulaire. <br><br> <span class="alinea"></span>L’importance de ces témoins et de la documentation historique a conduit au choix de restaurer le bâtiment en l’état 1889. La restauration est entendue comme une démarche d’identification, d’analyse, de documentation et de conservation des fragments patrimoniaux authentiques. L’objectif du projet est ainsi de conserver la Bourse de Commerce, mémoire de l’ancienne Halle au Blé, par une démarche d’interventions qui maintiennent les ouvrages authentiques. <br><br><br> <b>Les façades extérieures nettoyées</b><br> Les façades extérieures ont fait l’objet d’analyses complémentaires permettant d’identifier leur nature, la pierre de Saint-Leu. L’élimination des dépôts de poussières de plomb, visant à redonner à ces parements extérieurs leur teinte d’origine, relève d’une technique traditionnelle qui répond toutefois aux enjeux environnementaux contemporains. <br><br> <b>Les mosaïques protégées</b><br> La dépose du revêtement de mosaïque de marbre du vestibule et de la rotonde a révélé les principes de pose et de fabrication par anneaux concentriques. Elle a nécessité un marquage au revers de chaque pièce, de l’indication de son rang suivant un indice alphabétique de A à Z puis de AA jusqu’à AJ, pour constituer trente-six rangs. <br><br> <b>Les menuiseries reconstituées</b><br> En complément de ce travail de conservation, le parti pris d’une restauration de l’état 1889 exige la restitution d’ouvrages disparus. L’enjeu du respect strict des modèles anciens implique la réalisation de dessins d’exécution, de modèles en chêne, d’un travail d’archéologie et de conception pour intégrer des vitrages contemporains plus performants. Ainsi, les grandes menuiseries des façades font l’objet d’une restitution s’appuyant sur une abondante documentation photographique, notamment des clichés conservés au musée Carnavalet. <br><br> <b>Les planchers renforcés</b><br> L’édifice de 1889, repensé par Henri Blondel, présente des innovations de pointe propres à l’architecture industrielle. Le plancher de la rotonde est constitué d’une poutraison en fer supportée par des colonnes en fonte. Pour répondre à l’impératif de forte portance des planchers pour la présentation d’oeuvres d’art contemporain, certaines colonnes ont pu être renforcées tandis que d’autres ont été remplacées par des modèles identiques, fabriqués par la fonderie d'art du Val d'Osne, en Haute-Marne, atelier historique héritier des grandes fonderies d’ornement. <br><br> <b>La charpente de la verrière repeinte</b><br> En recomposant l’ancienne Halle au Blé en 1889, Henri Blondel intervient sur la charpente mythique de Bélanger réalisée en 1812. Des sondages démontrent que Blondel fait repeindre les pièces de fonte et de fer forgé en appliquant une teinte grise sur l’ancienne peinture noire. La cohérence du parti-pris de restauration a conduit au rétablissement de cette teinte grise 1889. <br><br> <b>Les produits verriers remplacés</b><br> Blondel modifie également la couverture prévue par Bélanger et fait remplacer les tôles de cuivre par une couverture en ardoise dotée d’ornements en zinc embouti, qui font aujourd’hui l’objet d’une restitution. Loin de se résoudre à une réflexion purement esthétique, cette reconstitution impose le réemploi de méthodes d’exécution de la fin du XIXe siècle. La restauration de la verrière est un des enjeux majeurs de ce projet, depuis le traitement de la charpente jusqu’à l’intégration de nouveaux produits verriers, assurant des conditions de conservation préventive nécessaires à la présentation d’oeuvres d’art. Ces produits verriers intègrent de meilleures performances thermiques et un traitement solaire, qui n’affectent pas la transmission lumineuse de la coupole. <br>Le lanterneau en fer forgé au sommet de la coupole, identifié grâce aux fonds de plans de Jacques Ignace Hittorff retrouvé dans la collection du Wallraff-Richartz Museum, conserve un vitrage simple, compte tenu de la finesse de son armature en fer et de sa complexité géométrique qui n’autorisent pas la moindre adaptation. <br><br> <b>Les peintures restaurées</b><br> En faisant maçonner la coupole en partie basse, Henri Blondel crée un immense espace décoratif d’environ mille quatre cent mètres carrés, qui devient le support de toiles marouflées peintes représentant l’histoire du commerce entre les cinq continents. Au-dessus de quatre entablements, des allégories en grisailles symbolisant les quatre points cardinaux sont peintes en trompe-l’oeil par Alexis-Joseph Mazerolle, auteur du plafond de la Comédie-Française. Les quatre autres peintres sont Évariste-Vital Luminais (l’Amérique), Désiré-François Laugée (la Russie et le Nord), Georges-Victor Clairin (l’Asie et l’Afrique) et Hippolyte Lucas (l’Europe). Elles ont été réalisées à l’huile sur toile puis marouflées sur enduit à la céruse, un pigment synthétique blanc opaque à base de plomb. <br> Le travail de restauration a dévoilé les secrets du marouflage des peintres confrontés à la géométrie en coupole du support. Des relevés des découpes de toiles marouflées ont révélé l’organisation du chantier. Les toiles étaient préparées en atelier, découpées en deux registres successifs : le ciel d’une part et la grande scène figurative d’autre part. Chacun de ces registres est divisé en pièces successives, et des entailles réalisées par les peintres favorisent la parfaite adaptation à la géométrie en coupole. Une fois marouflées et clouées les unes aux autres, les toiles sont reprises, des figures nouvelles sont peintes, ou même redécoupées et clouées. Ce processus atteste sans doute de l’urgence de terminer l’ouvrage, avant l’inauguration du bâtiment pour l’Exposition Universelle de 1889. <br> Le travail de décrassage et le traitement des chancis (microfissurations dans le vernis des peintures et qui se manifestent par une opacité blanche rendant illisible la couche picturale), a révélé la qualité chromatique de ces oeuvres et de nouveaux détails (tout particulièrement dans les paysages industriels de l’Europe par Hippolyte Lucas), mais surtout la personnalité de chacun des cinq artistes qui ont composé ce grand décor. <br><br> <b>Des vestiges de la Halle au Blé retrouvés</b><br> La mémoire de la Halle au Blé est ravivée grâce à deux découvertes faites pendant le chantier. D’une part, des graffitis de 1766 incisés dans les pierres de taille ont été relevés à l’intérieur de la colonne de Médicis. D’autre part, des vestiges de la voûte en berceau brisé qui couvrait l’étage de la Halle ont été dégagés. Ils protégeaient les stocks de grains des risques d’infiltration et d’incendie, et n’étaient, à ce jour, connus que par de rares dessins de Nicolas Le Camus de Mézières.
 

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Revue Pinault Collection - Numéro 10

 

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