PINAULT
COLLECTION
numéro 10
Avril 2018
Septembre 2018
 
<div style="text-align: right;"> <b>Jean-Jacques<br>Aillagon</b> </div> <br /> <br /> <br /> <br /> <div> <span class="alinea"></span>Longtemps, la France a eu un problème avec la province, comme on disait alors et comme on n’ose plus dire. Dès le XVe siècle, François Villon n’écrivait-il pas, avec son talent inouï, dans sa <i>Ballade des femmes de Paris</i>, « il n’est bon bec que de Paris ». Le XXe siècle naissant et croissant n’a pas résorbé cette distance, donnant à la capitale une place de plus en plus écrasante dans le paysage politique, économique et culturel du pays, au point que le géographe Jean-François Gravier mettait en évidence, en 1947, la « macrocéphalie » parisienne dans son célèbre <i>Paris et le désert français</i>. Il n’est, cependant, pas inintéressant de noter que c’est au même moment que se mettait en œuvre le remède culturel à ce déséquilibre, à travers la politique de décentralisation culturelle dont une Jeanne Laurent et d’autres furent les promoteurs infatigables, 1947 marquant aussi la naissance du Festival d’Avignon. Cette politique avait été esquissée sous le Front Populaire par le grand Jean Zay, ministre de l’Éducation nationale et des Beaux-arts. André Malraux, avec les Maisons de la Culture, et ses successeurs, apporteront leur pierre à l’édifice, soutenus par la prise de conscience de plus en plus vive des élus locaux, de l’importance du développement culturel pour l’équilibre et le rayonnement de leurs cités. C’est ainsi que dans la France du TGV, de l’avion, d’Internet, dans laquelle les espaces se sont raccourcis et le temps précipité, la force de proposition de ce que l’on appelle, aujourd’hui, les territoires, est devenue exemplaire. La vitalité culturelle de beaucoup de villes en atteste. <br><br> <span class="alinea"></span>Collection française à vocation internationale, ancrée dans la lagune de Venise et, bientôt, dans l’ancien ventre de Paris, la Collection Pinault a pris acte avec conviction et ferveur de cette réalité nouvelle et de l’opportunité — tout en étant à Washington, à Zurich, à New York, à Mexico ou à Shenzhen — de se porter, avec le même enthousiasme, à Lens où elle accueille en résidence l’artiste brésilien Lucas Arruda, à Rennes, cœur palpitant de la Bretagne où elle présentera, dans le Couvent rénové des Jacobins, une exposition d’été mêlant aux œuvres d’artistes consacrés celles de jeunes talents de la création contemporaine, comme Vincent Gicquel, Breton vivant et travaillant à Bordeaux. C’est sur le plateau de l’Aubrac, sur les hauteurs dominant Laguiole, dans leur restaurant inventif, exigeant et sincère, que François Pinault est allé inviter Michel et Sébastien Bras à rejoindre la grande aventure de la Bourse de Commerce. Ce sont ces talents d’une France lointaine — pas vraiment facile d’accès — qui, demain, à l’ouverture du musée, permettront à ses visiteurs d’enrichir leur expérience de la visite d’un bâtiment et d’un musée exceptionnels. Provincial, ayant toujours œuvré avec passion à l’aménagement culturel du territoire, y compris lorsque je dirigeais le Centre Pompidou, cette « centrale de la décentralisation », je ne peux que me réjouir de cet engagement de la Collection Pinault. </div>
 

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Revue Pinault Collection - Numéro 10

 

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