CHAPELLE LAENNEC /
PARIS
 
« FAIRE AVEC »
 
Texte
François-Henri Pinault
 
À L’OCCASION DE LA 34<sup>E</sup> ÉDITION DES JOURNÉES EUROPÉENNES DU PATRIMOINE, EN SEPTEMBRE 2017, LE 40 RUE DE SÈVRES, SIÈGE DE KERING ET DE LA MAISON BALENCIAGA, A OUVERT SES PORTES AU PUBLIC. UNE EXPOSITION D’OEUVRES DE LA COLLECTION PINAULT ÉTAIT PRÉSENTÉE DANS LA CHAPELLE DE L’ANCIEN HÔPITAL LAENNEC, INTITULÉE « FAIRE AVEC ».
 
<br> <div class="col m-10 pull-right align-right"> <span class="lieu">CHAPELLE LAENNEC /</span><br> <span class="lieu">PARIS</span> </div> <br><br><br> <div class="col m-10"> <span class="title">« FAIRE AVEC »</span><br> </div> <div class="col m-4 auteur pull-right noclick"> <div class="inner"> <div class="white"> <a class="switch">Texte</a><br> <b>François-Henri Pinault</b><br> </div> </div> </div> <div class="clear"><br><br><br></div> <span class="alinea"></span> Comme l’an passé, la chapelle de l’ancien hôpital Laennec — fondé sous le règne de Louis XIII et, désormais, siège de Kering et de Balenciaga — sera ouverte au public, à l’occasion des Journées européennes du patrimoine. Je suis, en effet, attaché à ce que ce chef-d’oeuvre de l’architecture française du XVIIe siècle puisse être visité et admiré par un public aussi nombreux que celui qui s’y est pressé, en 2016. <br><br> <span class="alinea"></span> Il m’a, également, semblé judicieux que soit renouvelée l’initiative d’y présenter un choix d’oeuvres de la Collection Pinault. À Venise — à Palazzo Grassi et Punta della Dogana — et, bientôt, à Paris, à la Bourse de Commerce, la Collection Pinault manifeste sa conviction que le patrimoine et la création contemporaine savent cohabiter et, même, dialoguer. <br><br> <span class="alinea"></span> Tous les artistes réunis dans l’exposition intitulée « Faire avec » ont un point commun, ils abordent la création de notre temps avec le même souci de l’ancrer dans la réalité du monde dans lequel ils vivent, puisque c’est ce monde qui leur fournit la matière-même de leurs oeuvres. Ces artistes sont des assembleurs d’objets récupérés et glanés. Ils s’inscrivent dans cette grande révolution de l’art qu’avait initiée, dès le début du XXe siècle, Marcel Duchamp. <br><br> <span class="alinea"></span> Autre point commun qui caractérise ces artistes, aucun d’entre eux n’est européen. Ils sont indien, ghanéen, coréen, chinois et afro-américains. Comment mieux affirmer que la scène artistique, longtemps attribut du monde occidental, est devenue une réalité universelle, dans un monde ouvert où circulent les idées, les oeuvres, les femmes et les hommes ainsi que les biens matériels ? Si la mondialisation comporte quelques risques, elle est aussi, pour l’humanité et pour la culture, une chance extraordinaire. <br><br><br>
Chen Zhen <br><i>Cocon du vide,</i> 2000 <br>Boulier chinois, rosaire bouddhiste, chaise chinoise, métal <br>90 × 70 × 220 cm
 
El Anatsui

<span class="alinea"></span> Les oeuvres d’El Anatsui <i>Depletion</i> et <i>New Layout</i> ont été présentées à Palazzo Grassi dans le cadre de l’exposition « Le Monde vous appartient », en 2011. À cette occasion, El Anatsui confiait : « Lorsque j’ai commencé à utiliser des capsules en aluminium, j’avais l’impression que cela ne durerait pas longtemps mais, aujourd’hui, je me sens comme un peintre qui, tout au long de sa carrière, n’a utilisé qu’une seule technique. Je pourrais passer le reste de mes jours à travailler avec ces matériaux qui renferment un grand potentiel et me procurent un sentiment de grande liberté. Lorsqu’on travaille avec ces ‘tissus’, l’aspect le plus surprenant est qu’à chaque fois que l’on en expose un, on est confronté à une oeuvre d’art totalement nouvelle. L’exposition devient, ainsi, partie intégrante du processus créatif. Il s’agit, pour ainsi dire, de ‘matières premières’ permettant de dévoiler une nouvelle configuration innovante. Dans l’idéal, il faudrait que la sculpture commence à s’animer et à frémir dès que le vent se lève. » <br> <br> <i>Extrait de l’entretien d’El Anatsui avec Gerard Houghton, catalogue de l’exposition « Le Monde vous appartient », présentée à Palazzo Grassi, en 2011 (Milan, Electa, 2011).</i> <br><br>
El ANATSUI <br><i>New Layout,</i> 2009 <br>Bouchons de bouteille en aluminium, fil de cuivre <br>225 × 303 × 15 cm
 
Subodh Gupta

<span class="alinea"></span> Subodh Gupta est né en 1964 en Inde où il vit et travaille. À première vue, Very Hungry God est un immense crâne, avec son os frontal, ses cavités orbitaires et son échancrure nasale. Gigantisme et naturalisme. À mieux y regarder, c’est un amoncellement d’ustensiles de cuisine, disposés méthodiquement afin de maintenir parfaite l’illusion. C’est un trompe-l’oeil rutilant qui nécessite d’être appréhendé comme il se doit ; ni de trop près, au risque de devenir myope et de ne voir qu’une vulgaire batterie de cuisine, ni de trop loin, au risque de perdre le sens de la mesure et d’oublier le stratagème. Fidèle à ses recherches, Subodh Gupta réconcilie, ici, deux longitudes éloignées ; l’une occidentale et européenne, incarnée par cette vanité reluisante, l’autre, orientale et indienne, suggérée par ces éléments domestiques et triviaux dans lesquels l’artiste voit les objets anonymes d’un rite quotidien. Réinvestissant une imagerie hautement symbolique, Subodh Gupta oppose à l’allégorie de la mort, la fraîcheur de la vie. <br> <br> <i>Colin Lemoine, extrait du catalogue de l’exposition « Art Lovers — Histoires d’art dans la Collection Pinault » présentée au Grimaldi Forum Monaco, en 2014 (Paris, Lienart, 2014).</i> <br><br>
 
Subodh GUPTA <br><i>Very Hungry God,</i> 2006 <br>Structure en acier inoxydable recouverte d’ustensiles de cuisine en acier, inox poli brillant (environ 3000 ustensiles) <br>320 × 280 × 330 cm
 
David Hammons

<span class="alinea"></span> David Hammons est né, en 1943, aux États-Unis où il vit et travaille. Son oeuvre est empreinte de ses réflexions sur son identité afro-américaine ; elle est également marquée par l’influence de l’arte povera ou encore du nouveau réalisme français. David Hammons accumule des matériaux récupérés, recyclés, abandonnés et leur confère le statut d’oeuvre d’art. Il ramasse dans la rue des débris de métaux, des cheveux, des cigarettes ou des paniers de basket, en absorbe les rythmes et les couleurs pour dénoncer, métaphoriquement, l’exclusion qui frappe tant de populations. Dans l’oeuvre <i>Forgotten Dream,</i> le thème du rêve oublié ou inaccessible est illustré par une robe de mariée vintage, élevée en l’air par un support de fer. Elle devient le symbole de la recherche d’une beauté évanouie. <br> <br> <i>Extrait du catalogue de l’exposition « La Collection Pinault – Une sélection post-pop », présentée à Palazzo Grassi, en 2006 (Milan, Skira, 2006).</i> <br><br>
 
David HAMMONS <br><i>Forgotten Dream,</i> 2000 <br>Fonte, robe de mariée vintage <br>470 × 90 × 90 cm
 
Chen Zhen

<span class="alinea"></span> Chen Zhen qui étudia, notamment, à l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris et à l’Institut théâtral de Shanghai, s’est intéressé aux liens existant entre la culture occidentale et la philosophie traditionnelle chinoise. Ainsi, sa <i>Chaise de concentration</i> a-t-elle été conçue à partir de l’idée selon laquelle « la santé repose, au fond, sur un acte d’équilibre, une paix intérieure et une compassion universelle. Elle requiert une méditation individuelle et sociale, un ’nettoyage’ de l’esprit et du corps »*. La <i>Chaise de concentration</i> est une expérience de méditation permettant de faire un « vide mental ». Cette disposition de l’esprit permet, également, d’être à l’écoute de son corps et, s’agissant de l’artiste, des nombreuses souffrances que lui imposait sa maladie. <br> <br> <i>Judicaël Lavrador, extrait du catalogue de l’exposition « Éloge du doute », présentée à Punta della Dogana, en 2011 (Paris, Beaux-Arts éditions, 2011).</i> <br><br>
 
Chen Zhen <br><i>Chaise de concentration,</i> 1999 <br>Chaise en bois, pots de chambre chinois, métal, système sonore <br>173 × 110 × 67 cm
 
Theaster Gates

<span class="alinea"></span> Theaster Gates est né en 1973 à Chicago où il vit et travaille. Sa pratique artistique utilise la sculpture, la performance, l’installation, des interventions dans l’espace urbain ou même des actions d’engagement social. Parallèlement à son activité artistique, il travaille comme urbaniste, planificateur culturel et médiateur au sein des quartiers pauvres de Chicago, en y concevant des projets d’intégration sociale, comme celui du développement immobilier « Dorchester Projects ». Ce dernier consiste en la rénovation d’une maison abandonnée de Chicago pour la transformer en une bibliothèque, un centre d’archives de l’Université et un restaurant. Pour l’artiste, cet « art immobilier » s’inscrit dans un « système écologique circulaire » dans lequel le projet est financé par la vente de ses sculptures créées à partir de matériaux provenant du site. <i>All Day I Stare at the Cross of Malevich and Wish I Were a Painter</i> a été créée à partir de morceaux de pompe à incendie qui évoquent, de façon symbolique, les manifestations pour les droits civiques de 1963, en Alabama, réprimées au moyen de lances à incendie. <br> <br> <i>Nataša Petrešin-Bachelez, extrait du livret de l’exposition « Prima Materia », présentée à Punta della Dagona, en 2013.</i> <br><br>
 
Theaster GATES <br><i>All Day I Stare at the Cross of Malevich and Wish I Were a Painter,</i> 2013 <br>Tuyau d’incendie, bois <br>150 × 237 × 11 cm
 
Seung-Taek Lee

<span class="alinea"></span> Seung-Taek Lee est né en Corée, en 1932. Son oeuvre est influencée par le mouvement artistique Mono-ha qui utilise le cadre et les matériaux de la nature mais aussi par le minimalisme international. Ce travail s’appuie sur la richesse des traditions coréennes dont l’artiste explore les possibles résurgences. <i>Godret Stone</i> est l’une des premières oeuvres produites par l’artiste au cours de ses années de formation. Elle évoque le métier à tisser traditionnel coréen. Intrigué par la manière dont les pierres utilisées par la machine étaient attachées par une corde, Seung-Taek Lee s’est interrogé : « que se passerait-il si une pierre était si fragile qu’en étant attachée, elle se déformait ? ». Ce sont des réflexions telles que celle-ci qui l’ont incité à poursuivre ses expérimentations sur les différentes propriétés des matériaux. Le travail de Seung-Taek Lee s’étend à la peinture, au dessin, à la sculpture, à l’installation et à la performance qu’il associe, souvent, au sein de la même oeuvre. <br> <br> <i>D’après Hans Ulrich Obrist, Kyung An et Mónica de la Torre,</i> Seung-Taek Lee <i>(Londres, Lévy Gorvy Publications, 2017) et Hee-young Kim, </i>Drawing the Space of Conversion,<i> catalogue de l’exposition « Seung-Taek Lee, Drawing », présentée à la galerie Hyundai de Séoul, en 2015.</i> <br><br>
Seung-Taek LEE <br><i>Godret Stone,</i> 1958 <br>Pierre, bois, corde <br>49 × 73,5 × 9 cm
 

Pinault Collection

Revue Pinault Collection - Numéro 10

 

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