FONDATION <br/> BEYELER / <br />BÂLE <br> <br> Hirshhorn<br />Museum<br />Sculpture<br />Garden /<br />Washington
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À l’occasion du 80e anniversaire de Georg Baselitz, la Fondation Beyeler consacre au peintre, graphiste et sculpteur allemand (né en 1938 dans la Saxe) une vaste exposition organisée avec le Hirshhorn Museum de Washington où elle sera ensuite montrée sous une autre forme.<br><br>
<div class="col m-10"> <span class="title">GEORG <br /> BASELITZ</span><br> </div> <br> <br> <div class="col m-4 auteur pull-right"> <div class="inner"> <div class="white"> <a class="switch">Texte</a><br> <b>Fabrice Hergott</b><br> <span style="display: none;"> Directeur du Musée d’art moderne de la Ville de Paris </span> </div> </div> </div> <div class="clear"><br><br><br><br><br><br></div> <span class="alinea"></span> De 1980 à aujourd’hui, Baselitz a réalisé relativement peu de sculptures. Une petite soixantaine. Toutes sont la matérialisation d’une expérience importante. Une expérience de l’art : elles lui permettent de résoudre certains problèmes plastiques qui se posent dans sa peinture et qu’il ne peut résoudre avec elle. Peut-être est-ce pour cela qu’elles sont aussi une expérience de vie que l’artiste a souvent quelque appréhension à entreprendre. <br><br> <span class="alinea"></span> Plus encore que sa peinture, sa sculpture est fortement autobiographique. <i>Meine neue Mütze</i> est une des plus importantes qu’il ait réalisée. Une des oeuvres majeures parmi les sculptures monumentales commencées il y vingt ans. Monumentales, mais pas autoritaires, car toutes portent en elles une contradiction formelle ou de sens. Elles font évidemment référence à la sculpture africaine qui est si importante dans son approche de l’espace, mais aussi aux objets de folklore, aux santons et petites sculptures faites dans les villages aux abords de l’ancienne Pologne. Les références fusionnent comme des cellules. <br><br> <span class="alinea"></span> Je ne connais pas d’artiste plus savant que Baselitz. Le jeune garçon se tient droit et arbore un grand sourire énigmatique sous son nouveau couvrechef. Est-il fier ou encombré de ce nouvel attribut ? Comme souvent chez l’artiste, le sens n’est pas aussi simple qu’il y paraît. Pourquoi tient-il un crâne dans son dos ? D’où vient la montre qu’il porte ? Que veut-elle dire ? Est-ce une montre rachetée aux soldats russes ? Pourquoi indique-t-elle midi ou minuit moins cinq ? Pourquoi porte-t-il de si lourdes chaussures, un short trop large ? Et pourquoi est-il torse-nu ? <br><br> <span class="alinea"></span> Les plus intenses souvenirs d’enfance de Baselitz se situent dans cette période de basculement qui va des dernières années de guerre à la dénazification. La chute brutale du régime hitlérien et l’arrivée tout aussi inattendue d’un nouveau monde et de nouveaux maîtres, que personne ne s’attendait à voir envahir Dresde et ses environs, où se situe son village natal de Deutschbaselitz. La nouvelle casquette est moins le symbole de ce bouleversement que la volonté de faire comme si tout pouvait continuer avec simplement des habits neufs. La trop grande culotte courte parle de l’enfance et des privations, l’absence de chemise, de la perte et de la transformation des repères. Le crâne que l’on cache, la mort que l’on ne veut ni montrer ni voir. Les couleurs d’un certain optimisme, dans leur opposition volontairement angélique de bleu et de rose, s’allient à la forme brute et faussement naïve du bois taillé. L’ensemble a quelque chose d’inachevé, de transition vers un état futur où tous les éléments de la vie sont des signes de l’art, parce qu’ils permettent le passage vers un avenir que l’on craint et espère. Quand l’imagination collabore avec la mémoire. <br><br> <span class="alinea"></span> La sculpture est bien autre chose que de la peinture en relief. Elle a sa propre justification qui vient, plus densément que sa peinture, hanter la vie de l’adulte. Sa dimension, près du double de la taille humaine, nous rappelle que l’enfant dans l’adulte est plus grand que l’adulte. L’enfance, portant de loin son regard vers le présent, est un bon poste d’observation. <br><br>
Georg BASELITZ <br><i>Meine neue Mütze,</i> 2003 <br>Cèdre et peinture à l’huile <br>310 × 83,5 × 107 cm
 

Pinault Collection

Revue Pinault Collection - Numéro 10

 

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