La maison rouge, créée par Antoine de Galbert en 2004, ferme ses portes après quatorze années d’une programmation dont la qualité et la singularité ont été unanimement saluées. La Collection Pinault a été heureuse de pouvoir y contribuer à plusieurs reprises par des prêts d’œuvres, à l’instar de <i>Hometown Sky Ladder</i> de l’artiste chinois Cai Guo-Qiang (né en 1957 à Quanzhou), présentée dans la dernière exposition « L’Envol, ou le rêve de voler ».


<br> <div class="col m-12 pull-right align-right"> <span class="lieu">La Maison Rouge / Paris</span> </div> <br><br><br><br><br> <div class="col m-10"> <span class="title">Cai Guo-Qiang</span><br> </div> <div class="col m-4 auteur pull-right"> <div class="inner"> <div class="white"> <a class="switch">Texte</a><br> <b>Paula Aisemberg</b><br> <span style="display: none;"> Directrice de La maison rouge </span> </div> </div> </div> <div class="clear"><br><br><br/><br></div> <span class="alinea"></span><i>Hometown Sky Ladder</i> impressionne aussi bien par ses dimensions — une feuille de papier traditionnel japonais de quatre mètres de haut sur trois de large — que par sa technique de fabrication, de la poudre à canon mise à feu à même le papier. Cette œuvre tient une place toute particulière dans le travail de Cai Guo-Qiang : elle est l’aboutissement d’un projet chimérique, celui de bâtir une échelle de feu qui grimperait de la Terre vers le ciel, le temps d’un souffle, et qui disparaîtrait dans la nuit. <br><br> <span class="alinea"></span>Après vingt années de réflexion, d’opiniâtreté et d’essais inaboutis, Cai Guo-Qiang parvient, en juin 2015, à réaliser cet « événement explosif », comme il l’appelle lui-même. L’opération se déroule en secret, dans un village de pêcheurs sur l’île Huiyu, toute proche de sa ville natale. Cette dernière est d’ailleurs évoquée par les motifs de bateaux aux mâts dressés que l’on repère en bas à gauche de l’œuvre. Suspendue à un ballon rempli d’hélium, l’échelle de cordes couverte de feux d’artifice dorés, mesure cinq cent mètres de haut et se déploie au-dessus de la mer, vers le firmament. Avec <i>Hometown Sky Ladder</i>, Cai Guo-Qiang rend hommage à sa grand-mère dont il a toujours été très proche, disparue quelques semaines après la performance. <br><br> <span class="alinea"></span>Les explosifs, dont Cai Guo-Qiang a appris tous les secrets entre la Chine et le Japon où il a étudié, sont devenus sa marque de fabrique. Il s’est d’ailleurs illustré dans le monde entier à l’occasion de grands projets pyrotechniques, de Pékin, lors des Jeux Olympiques de 2008, à Paris, pour Nuit Blanche en 2013. Pendant la Révolution culturelle chinoise, Cai Guo-Qiang et son père, célèbre intellectuel chinois reconnu pour son talent de calligraphe, ont été contraints de brûler tous les livres de la bibliothèque familiale, livres dont le père disait qu’ils feraient la fortune de son fils. Finalement, ce ne sont pas les livres, mais le feu, qui l’a libéré et l’a rendu célèbre. En effet, en envisageant la pyrotechnie comme pratique cathartique, Cai Guo-Qiang a pu très tôt s’éloigner de toute tentative de contrôle pour apprécier la contingence et l’inattendu. <br><br> <span class="alinea"></span>Que ce soit dans ses pièces monumentales sur papier ou dans ses performances aériennes, Cai Guo-Qiang entreprend de converser avec des forces qui nous dépassent, de révéler l’invisible et cette impermanence des choses si présente dans la philosophie chinoise.
 
<i>Hometown Sky Ladder</i>, 2015<br> —<br> Poudre à canon sur papier<br> 404,5 × 305 cm<br>
 

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Revue Pinault Collection - Numéro 11

 

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