Couvent des
Jacobins / Rennes
 
Fondazione Prada /
Milan
 
Jake & Dino
Chapman
 
Après Dunkerque, Venise, Bois-Le-Duc et Rennes, l’œuvre <i>Fucking Hell</i> est présentée dans l’exposition « SANGUINE/BLOEDROOD », organisée par l’artiste belge Luc Tuymans (né en 1958, vit et travaille à Anvers) à la FondaZionE Prada. LES FRÈRES BRITANNIQUES (nés respectivement en 1966 et 1962) s’inscrivent dans l’héritage d’artistes qui dénoncent l’absurdité de la guerre et de ses horribles cortèges.


Jake & Dino Chapman
<div class="col m-4 auteur pull-right"> <div class="inner"> <div class="white"> <a class="switch">Texte</a><br> <b>Marc Donnadieu</b><br> <span style="display: none;"> Conservateur en chef<br> Musée de l’Élysée, Lausanne </span> </div> </div> </div> <br/> <br/><br/> <br/> <br/> <span class="alinea"></span>Le panorama, à partir de la toute fin du XVIII<sup>e</sup> siècle jusqu’au XIX<sup>e</sup> siècle, est constitué d’une peinture à 360 degrés ou d’un ensemble de tableaux formant un cycle continu, la plupart du temps développé sur les murs intérieurs d’une rotonde — dans ce cas, cyclorama —, et donnant l’illusion de se retrouver au cœur d’un paysage urbain ou naturel grâce à des effets d’optique savamment orchestrés. Au XIX<sup>e</sup> siècle, il glorifie principalement les grandes batailles de l’histoire à travers le courage héroïque de valeureux soldats face à la fureur sanguinaire de leurs assaillants. L’artiste Luc Tuymans en connaît le principe, puisque sa peinture monumentale intitulée <i>Saint-Georges</i> (2015) a comme source le panorama du champ de bataille de Waterloo (1815), lieu éponyme où il ne reste rien de plus qu’un mythe marquant la fin des guerres napoléoniennes. <br><br> <span class="alinea"></span>Peintre belge parmi les plus reconnus de sa génération, Luc Tuymans est né et vit à Anvers, ville marquée par la présence de son aîné Pierre Paul Rubens (1577-1640). Aussi ne nous étonnerons-nous pas de retrouver le premier comme commissaire d’une exposition magistrale sur l’idée du baroque, intitulée « Sanguine/Bloedrood » et présentée en juin 2018 au M HKA à Anvers, dans le cadre d’une série de manifestations en hommage au second, puis, à la Fondazione Prada à Milan, en octobre 2018. Si ce titre renvoie au flux d’énergie signifiant tout à la fois la vie et la mort, il ne faut pas oublier que le rouge était autrefois la couleur exclusive de ceux qui pouvaient verser le sang, autrement dit les chevaliers, les rois et les hommes d’église, soit, pour les derniers, les principaux commanditaires des tableaux du maître belge du baroque. Mais le projet curatorial de Luc Tuymans a surtout valeur de parabole allégorique sur ceux qui se prévalent d’incarner aujourd’hui comme hier le pouvoir militaire, politique, spirituel et moral, et leurs victimes le plus souvent anonymes, parfois innocentes, la plupart du temps sacrifiées au nom de l’ordre établi. <br><br> <span class="alinea"></span>Luc Tuymans y a donc inclus, à juste titre, la relecture par les frères Jake et Dinos Chapman du panorama guerrier, à travers l’installation <i>Fucking Hell</i> créée en 2008 suite à la destruction de <i>Hell</i> (2000) lors de l’incendie de l’entrepôt d’art Momart à Londres en 2004. Composée de neuf vitrines, du type de celles que l’on retrouve dans les muséums d’histoire naturelle, disposées selon la forme d’une croix gammée, elle développe la vision apocalyptique et vertigineuse d’un holocauste général opéré par une gigantesque armée de squelettes et de SS éperdus et sanguinaires, de la taille de soldats de plomb minutieusement colorisés et mis en scène. <br><br> <span class="alinea"></span>Et celle-ci d’évoquer tout à la fois Jacques Callot — contemporain de Rubens — à travers sa suite de dix-huit eaux-fortes intitulée <i>Les Grandes Misères de la guerre</i> (1633) et inspirée par les ravages de la guerre de Trente Ans qui se déroulait alors en Europe ; Francisco José de Goya y Lucientes à travers sa série de quatre-vingt-deux gravures intitulées <i>Les Désastres de la guerre</i> (1810-1815) dénonçant, elles, la fureur des guerres napoléoniennes ; Otto Dix à travers son cycle de cinquante eaux-fortes « Der Krieg », publiées à Berlin en 1924, autour de la Première Guerre mondiale — durant laquelle il a été décoré de la Croix de fer — et de la montée des fascismes en Europe ; Pablo Picasso à travers le diptyque <i>Songe et mensonge de Franco</i> (1937) que le peintre grave à l’eau-forte, parallèlement à la réalisation de <i>Guernica</i> ; sans oublier les exactions de la guerre du Vietnam à laquelle le titre fait en partie référence. <br><br> <span class="alinea"></span>Congelée derrière des parois de verre, cette guerre de toutes les guerres est aussi saisissante que repoussante, aussi fascinante qu’effrayante. Et, comme le soulignait André Chastel en citant Michel Foucault, « La figure de la folie [s’y] substitue à l’inquiétude de la mort, faisant passer “de la découverte de cette nécessité qui réduisait finalement l’homme à rien, à la contemplation méprisante de ce qui est l’existence elle-même” ».
Vues d’exposition<br> —<br> « Heaven & Hell », Stedelijk Museum,<br> Bois-le-Duc, 2016<br>
 
<i>Fucking Hell</i>, 2008<br> —<br> Fibre de verre, plastique et composition mixte<br> 215 × 128,7 × 249,8 cm (éléments en 8 parties)<br>
 
<i>Fucking Hell</i>, 2008<br> —<br> Fibre de verre, plastique et composition mixte<br> 215 × 128,7 × 249,8 cm (éléments en 8 parties)<br>
 
<i>Fucking Hell</i>, 2008<br> —<br> Fibre de verre, plastique et composition mixte<br> 215 × 128,7 × 249,8 cm (éléments en 8 parties)<br>
 
<i>Fucking Hell</i>, 2008<br> —<br> Fibre de verre, plastique et composition mixte<br> 215 × 128,7 × 249,8 cm (éléments en 8 parties)<br>
 
<i>Fucking Hell</i>, 2008<br> —<br> Fibre de verre, plastique et composition mixte<br> 215 × 128,7 × 249,8 cm (éléments en 8 parties)<br>
 
<i>Fucking Hell</i>, 2008<br> —<br> Fibre de verre, plastique et composition mixte<br> 215 × 128,7 × 249,8 cm (éléments en 8 parties)<br>
 
<i>Fucking Hell</i>, 2008<br> —<br> Fibre de verre, plastique et composition mixte<br> 215 × 128,7 × 249,8 cm (éléments en 8 parties)<br>
 
<i>Fucking Hell</i>, 2008<br> —<br> Fibre de verre, plastique et composition mixte<br> 215 × 128,7 × 249,8 cm (éléments en 8 parties)<br>
 
<i>Fucking Hell</i>, 2008<br> —<br> Fibre de verre, plastique et composition mixte<br> 215 × 128,7 × 249,8 cm (éléments en 8 parties)<br>
 
<i>Fucking Hell</i>, 2008<br> —<br> Fibre de verre, plastique et composition mixte<br> 215 × 128,7 × 249,8 cm (éléments en 8 parties)<br>
 

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Revue Pinault Collection - Numéro 11

 

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