Tatiana Trouvé


<div class="col m-4 auteur pull-right"> <div class="inner"> <div class="white"> <a class="switch">Texte</a><br> <b>Florence Ostende</b><br> <span style="display: none;"> Commissaire<br> Barbican Centre, Londres </span> </div> </div> </div> <br/> <br/> <br/> <br/> <br/> <span class="alinea"></span>L’installation de Tatiana Trouvé dans le patio du Musée des beaux-arts de Rennes est composée d’un ensemble de grands dessins fixés sur des structures métalliques. Leur disposition, indépendante des traditionnelles cimaises de musées, crée une circulation dans l’espace. Elle segmente l’architecture ouverte et lumineuse du patio. Au sol, des sculptures jonchent le parcours. On reconnaît des sangles de levage, des tuyaux et des matériaux de construction qui sont également présents dans les dessins. Le visiteur se déplace à travers deux formes de représentation : les paysages imaginaires dessinés au crayon, flottant au-dessus du sol, et les objets, lourds et tangibles, en bronze, cuivre, aluminium, bois, et pierre, qui donnent l’impression de s’être échappés des tableaux. Le regard erre entre ces deux mondes et l’exposition devient un espace intermédiaire, semblable à celui des limbes. <br><br> <span class="alinea"></span>Les dix dessins qui constituent l’installation appartiennent à la série « Les Dessouvenus » initiée en 2013. Tatiana Trouvé a plongé de larges feuilles de papier dans un bain de javel qui altère sa couleur initiale et forme des taches qui sont le point de départ de la composition du dessin. En moins d’une minute, le noir devient bordeaux, le gris tire vers le jaune, le marron vire au sépia. Sur un des dessins de couleur rose, la javel a laissé une forme diluée comparable à celle d’un champignon atomique. L’artiste s’en est inspirée pour dessiner un arbre dont le feuillage imite les taches symétriques d’un test de Rorschach. La composition arbitraire révélée par l’eau de javel s’ouvre aux interprétations : on peut y voir une brûlure, un halo lumineux, un nuage de fumée, une explosion, une aurore boréale, un ciel orageux… <br><br> <span class="alinea"></span>Tatiana Trouvé compare son processus de travail à la pratique ancestrale de la cafédomancie qui permet de lire l’avenir dans les traces laissées par le marc de café, et rapproche les dessins bleus, verts et gris de la radiographie qui transmet par rayons X une image invisible à l’œil nu. Du magnétisme au spiritisme, les pratiques occultes ont connu leur apogée au XIX<sup>e</sup> siècle et ont joué un rôle de premier plan dans le développement des premières photographies, que l’on interprétait comme l’apparition d’esprits invisibles. Les paysages dessinés dans cette série sont un mélange de plusieurs sources qui ont pour point commun le travail de la mémoire. Le terme de « dessouvenu » utilisé dans le titre est une expression bretonne qui désigne une personne ayant perdu la mémoire. <br><br> <span class="alinea"></span>Depuis des années, Tatiana Trouvé alimente un journal écrit de ses rêves et une archive de photographies dans son atelier. Pour reconstituer les espaces imaginés dans ses rêves, l’artiste puise dans son archive d’images classées par ordre alphabétique et par thématique : algorithme, algue, arbre, artiste, bâche plastique, bas-relief, caisse de transport, charpente, chaussure, cimaise d’exposition… Son archive conservée sur le thème des arbres est particulièrement présente dans cette sélection de dessins. Elle comporte de nombreuses photographies de souches déracinées par de récents ouragans ainsi que des vues d’arbres réalisées pendant son enfance au Sénégal. Cette plongée dans l’étude des arbres — la dendrologie — s’est également nourrie de la lecture du livre <i>La Vie secrète des arbres</i> (2015) de Peter Wohlleben. L’écrivain et ingénieur forestier allemand y décrit leur faculté de mémoire et leur communication invisible à travers l’émission de signaux électriques. <br><br> <span class="alinea"></span>Les photographies d’exposition sont une autre source importante de cette série dans laquelle on reconnaît des œuvres de l’artiste, provoquant un effet de mise en abyme. Tatiana Trouvé photographie régulièrement le montage des expositions auxquelles elle participe, insistant sur les moments de transition où les œuvres sont en attente avant d’être accrochées. L’œuvre, ainsi en proie à l’incertitude et à l’ambiguïté, se mélange aux planches empilées et aux palettes adossées sur des cloisons invisibles. Un état de spéculation permanente se dégage de ces dessins aux échelles incohérentes et fausses lignes de fuite : leur mise en espace dessine une architecture psychique.
Née en 1968 en Italie, vit et travaille à Paris.
De la série <i>« Les Dessouvenus »</i>, 2013-2017<br> —<br> Vues d’exposition<br> Musée des beaux-arts, Rennes<br>
De la série <i>« Les Dessouvenus »</i>, 2013-2017<br> —<br> Vues d’exposition<br> Musée des beaux-arts, Rennes<br>
De la série <i>« Les Dessouvenus »</i>, 2013-2017<br> —<br> Vues d’exposition<br> Musée des beaux-arts, Rennes<br>
 

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Revue Pinault Collection - Numéro 11

 

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