Vincent Gicquel


<div class="col m-4 auteur pull-right"> <div class="inner"> <div class="white"> <a class="switch">Texte</a><br> <b>Pedro Morais</b><br> <span style="display: none;"> Critique d’art </span> </div> </div> </div> <br><br><br> <br><br> <span class="alinea"></span>« Je n’ai jamais vu une chose laide de toute ma vie », disait le peintre John Constable au XIX<sup>e</sup> siècle. Dans le cas de Vincent Gicquel, il serait possible d’étendre ce regard non seulement à toute forme susceptible d’être peinte, mais aussi à notre vie intérieure, nos troubles, nos peurs, nos pulsions. La peinture reste peut-être l’un des derniers endroits de la vie sensible qui ne juge pas, ne prétend pas expliquer ce qui nous traverse, encore moins le justifier. Elle est une réalité en soi, à la fois matérielle et fantasmée. C’est d’ailleurs ainsi que Vincent Gicquel parle de sa pratique : si ses personnages sont occupés à des tâches souvent incompréhensibles, celles-ci sont le motif de leur existence. C’est-à-dire que l’existence n’a pas de but, tout comme la peinture. Pourtant, l’artiste s’y investit avec une intensité rare, presque romantique : pour lui, il n’y a pas de différence entre vivre et peindre, les deux relèvent d’un même rapport au monde. Ce romantisme est cependant contrarié par la liberté jubilatoire (que l’on associe aux cyniques grecs, indifférents à la morale dominante) mais aussi par le pessimisme d’Arthur Schopenhauer ou d’Emil Cioran, rendant notre agitation dérisoire face à l’évidence de la mort. Il reste, alors, la réalité du corps et un humour impitoyable face à ce paradoxe. « Car s’il n’y a effectivement rien à comprendre dans ce monde, il y a bien des choses risibles », rappelle l’artiste. <br><br> <span class="alinea"></span>Dans ses tableaux, il y a souvent une ou plusieurs figures humaines qui se ressemblent, des silhouettes debout dont le regard se tourne vers nous, peut-être surpris par notre présence, nous renvoyant à la position d’un intrus, comme si ses peintures avaient une vie solitaire, autonome. Parfois en position de fuite, les personnages chevauchent une palissade de peinture ou des lignes qui structurent la composition de la toile. Il y a un jeu de contradictions entre une grille de fond, ordonnée en apparence, et des personnages engagés dans des situations pulsionnelles, grotesques, burlesques, sexuelles, perturbatrices. Sans que leurs regards entre eux ne se croisent jamais. « Je ne veux pas réprimer leur caractère régressif. Il y a une vitalité presque naïve dans tous ces symboles phalliques, et ce qui paraît sexuel est pour moi vraiment lié au plaisir, celui de peindre et celui de vivre. Il y a un côté printanier dans ces érections, une vitalité proche de celle des arbres qui poussent et qui sécrètent ». Autour de ces personnages à l’âge et au genre troubles, une profusion picturale complexe intègre parfois des tableaux dans le tableau, des formes abstraites et d’autres empruntées à la bande dessinée. À certains moments, on croit reconnaître des podiums et des étoiles de cirque, nous renvoyant à la condition théâtrale, comique, de notre désir à chercher du sens. « Ce n’est pas la vie qui est absurde, mais de vouloir à tout prix lui trouver un sens. Le monde, lui, est simple et clair — quoique sans raison d’être », suggère l’artiste. Vincent Gicquel a pour habitude de dire qu’il a choisi de devenir peintre car « j’avais trop d’humour pour être tueur en série » et évoque la proximité de ses tableaux avec l’imagerie médicale. « Ce sont à la fois des radiographies de notre monde et les coupes de mon propre cerveau », dit-il, avant d’ajouter : « c’est une digestion du monde. Je veux que chacune de mes toiles possède suffisamment de quoi nourrir quelqu’un tous les jours, pour longtemps ».
Né en 1974 en Normandie, vit et travaille à Bordeaux.
<i>Cortège</i>, 2018<br> —<br> Huile sur toile<br> 250 x 180 cm<br>
 
<i>Debout</i>, 2018<br> —<br> Huile sur toile<br> 90 x 65 cm<br>
 
<i>Ablution</i>, 2018<br> —<br> Huile sur toile<br> 190 x 146 cm<br>
 

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Revue Pinault Collection - Numéro 11

 

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