Après Melissa Dubbin & Aaron S. Davisdson, Edith Dekyndt et Lucas Arruda, Hicham Berrada (né à Casablanca en 1986, vit à Paris) est le cinquième artiste accueilli, de septembre 2018 à juin 2019, par la Collection Pinault dans sa résidence d’artistes à Lens.


Hicham Berrada

<div class="col m-4 auteur pull-right"> <div class="inner"> <div class="white"> <a class="switch">Texte</a><br> <b>Pascale Pronnier</b><br> <span style="display: none;"> Responsable des programmes artistiques — Le Fresnoy </span> </div> </div> </div> <div class="clear"><br><br/><br><br><br></div> <span class="alinea"></span>Hicham Berrada conjugue intuition et connaissance, entre l’art de l’imaginaire et la méthode des sciences, en particulier de la biologie et de la chimie. Éric de Chassey, en visitant l’exposition monographique consacrée à l’artiste à l’abbaye de Maubuisson (octobre 2017 - juin 2018), s’est persuadé qu’Hicham Berrada est animé du désir de recréer le paradis et de nous y emmener. <br><br> <span class="alinea"></span>Dans ses films et ses installations, l’artiste met en scène une nature primordiale. Il convoque des puissances de vie, manipulant la matière dans un bécher avec des éléments chimiques et autres précipités (<i>Présage</i>, 2007-2013). Il crée les conditions d’une rencontre, mais accepte aussi l’indomptable, l’incontrôlable, qu’il filme comme on découvre un paysage inouï, qui n’aurait jamais été vu, perçu, regardé jusqu’alors. Hicham devient alchimiste, transforme et crée de nouvelles formes, favorise de belles apparitions et fait l’éloge de la naissance. D’abord particule, un petit rien deviendra fumée aquatique. Un nuage de couleur bleue deviendra une fenêtre ouverte, un tableau éphémère, <i>Céleste</i> (2014). Hicham Berrada provoque la nature, la détourne de ses habitudes, comme lorsqu’il décide d’aller réveiller les héliotropes en pleine nuit pour les filmer, les forçant à vivre une nuit blanche qu’ils ne supporteront peut-être pas (<i>Bloom</i>, 2012). Il écarquille les yeux dans l’obscurité, s’efforce de voir l’invisible, donne à certaines natures endormies la force de vivre. La métamorphose est effective, sous nos yeux, comme si nous étions collés à la surface d’un rêve. <br><br> <span class="alinea"></span>Loin d’un simple artifice formel, son travail nous transporte dans un ailleurs, un monde à la fois vivant et inerte, qui nous invite à faire l’expérience d’une présence inédite d’où émanent des énergies et des forces dont il décrit la matière. L’artiste cite souvent Gaston Bachelard et notamment l’ouvrage intitulé <i>La Terre et les rêveries de la volonté</i>. Le philosophe y traite de la vie intérieure et cachée de la terre, avec tous ses mondes minéraux et métalliques. Imaginons ce qu’Hicham Berrada pourrait révéler du sol houiller chargé de métaux de la résidence située en territoire minier — hydrogène, méthane, uranium, thorium, radium, mercure, etc — sol qu’il va fouler pendant toute l’année 2019.
 

Pinault Collection

Revue Pinault Collection - Numéro 11

 

Pinault Collection

Archives