Punta della dogana
 
« Dancing with Myself »
 
<a class="switch">Texte</a><br> <b>Martin Bethenod et Florian Ebner</b><br> <span style="display: none;"> Commissaires de l’exposition </span>
 
Jusqu’au 16 décembre 2018, Punta della Dogana accueille « Dancing with Myself », dont le commissariat est assuré par Martin Bethenod et Florian Ebner. Née de la collaboration entre la Collection Pinault et le Museum Folkwang de Essen, où elle a été présentée dans une première version en 2016, l’exposition a été renouvelée avec plus de cinquante-six œuvres qui ne figuraient pas en Allemagne.


<br><u>Martin Bethenod</u> — Montrer une œuvre à Venise, montrer une œuvre à Punta della Dogana, est toujours un exercice extrêmement spécifique. Tenter de nier ou d’atténuer la présence du contexte est illusoire et stérile. Nous nous sommes rendu compte au fil des années qu’il valait mieux, au contraire, assumer à plein les briques, les poutres, les vues vers l’extérieur, la fuite du regard vers le canal de la Giudecca et le Grand Canal. <br><br> <span class="alinea"></span>« Dancing with Myself » est une exposition née dans un contexte de musée « fonctionnel », presque de « white cube », à Essen, puis transposée à Venise dans un musée au contraire extrêmement contextuel. Le rythme et le volume des espaces ne sont plus, comme à Essen, modulables selon les besoins et la structuration du propos, mais ils s’imposent à lui. Cela nous a amenés à repenser beaucoup d’enchaînements. Les grandes questions de l’exposition, la mélancolie, le jeu des identités, le corps comme matière première, l’autobiographie politique, sont toujours structurantes, mais le parcours se fait de manière plus fluide, avec parfois des allers et retours, des ruptures, des mises en perspective et des effets-miroirs, qui donnent un rythme et un registre de sensations très différents. <br> <br><u>FE</u> — De plus, certaines œuvres ont été ajoutées à l’ensemble tandis que d’autres n’y sont plus. Ainsi le sublime <i>Delfo (II)</i> de Giulio Paolini, une grande photographie sur toile de 1968, technique expérimentale et émancipatrice de la photographie, s’intègre parfaitement dans l’exposition à Punta, comme citation ironique de l’antiquité et comme pièce importante de l’art conceptuel italien. À l’inverse, il y a Boris Mikhailov et Joe Spence, œuvres chromogènes et fragiles, qui « se reposent » après leur longue exposition précédente […]. « Dancing with Myself » a connu des métamorphoses, son concept est comme un texte ouvert, comme une pièce de théâtre qu’il faut mettre en scène différemment, ou comme une partition musicale qu’il faut savoir interpréter selon les qualités de l’espace. <br> <br><u>MB</u> — Ces espaces nous permettent aussi d’organiser certaines rencontres nouvelles entre des œuvres, par exemple le « trilogue » entre Félix González-Torres, l’autoportrait d’Alighiero Boetti en fontaine et celui d’Urs Fischer en bougie. Les grandes nefs de Punta della Dogana permettent d’organiser aussi un dialogue entre l’intérieur et l’extérieur, avec, par exemple, la série de Roni Horn « a.k.a. » autour de l’identité mutable et multiple, placée dans la salle qui a la plus grande proximité avec l’eau, élément omniprésent dans l’œuvre de l’artiste. De chaque côté, deux fenêtres installent de manière immédiate les relations entre les œuvres et l’eau du canal. <br> <br><u>FE</u> — Dans cet univers vénitien, un des berceaux de l’art occidental, d’autres dialogues s’intégrent, ou plutôt s’insèrent de manière subversive : comme la rencontre entre Ulrike Rosenbach et Lili Reynaud-Dewar, rencontre entre une réflexion féministe et militante sur le rôle de la femme dans la représentation paternaliste du milieu des années soixante-dix, celle de Rosenbach, et la performance de Reynaud-Dewar, raffinée, séduisante, postmoderne mais pas moins critique, un « dancing with Josephine Baker » au Centre Pompidou. <br><br> <span class="alinea"></span>À la <i>Ballad of Sexual Dependency</i> de Nan Goldin, récit fondateur d’une nouvelle autobiographie radicale en photographie, répond la série <i>The Notion of Family</i> de LaToya Ruby Frazier, une histoire de <i>coming of age</i> d’une jeune femme afro-américaine, mais en même temps l’histoire d’une maturité artistique éblouissante. Ou enfin, le motif <i>on the road</i> dans trois images de la célèbre série « Self-Portraits » de Lee Friedlander, en dialogue avec Paulo Nazareth ; la rue nord-américaine devient un chemin pan-américain et signifie la route de migration du sud vers le nord du continent. L’auto-représentation de l’artiste qui est devenue un outil politique.
Alighiero BOETTI<br> <i>Autoritratto</i>, 1993-1994<br> —<br> Fusion en bronze, système à fontaine, élément chauffant électrique<br> 200 × 86,4 × 49,5 cm<br>
Charles RAY<br> <i>Light From The Left</i>, 2007<br> —<br> Moulage de fibre de verre, acier inoxydable, aluminium, polyuréthane acrylique<br> 215 × 268 × 8 cm<br>
LaToya Ruby FRAZIER<br> De la série « The Notion of Family », 2008<br> Tirages gélatino-argentiques<br> De gauche à droite :<br> —<br> <i>Momme (Floral Comforter)</i>, 2008<br> 40 × 50,8 cm<br> —<br> <i>Self Portrait Oct. 7th (9:30 a.m.)</i>, 2008<br> 61 × 50,8 cm<br> —<br> <i>Mom</i>, 2007<br> 40 × 50,8 cm<br> —<br> <i>Aunt Midgie And Grandma Ruby</i>, 2007<br> 40 × 50,8 cm<br>
Paulo NAZARETH<br> <i>Para Cuando Ellos Me Busquen En El Desierto</i>, 2012<br> —<br> Performance vidéo<br> 11’ 57’’ (en boucle)<br>
Lili REYNAUD-DEWAR<br> <i>Live Through That?! (Atelier Brancusi)</i>, 2014<br> —<br> Vidéo noir et blanc (capture d’écran)<br> 7’35’’<br>
GILBERT & GEORGE<br> De gauche à droite :<br> —<br> <i>Bummed</i>, 1977<br> 25 épreuves gélatino-argentiques teintes à la main, cadres des artistes<br> 304,8 × 254 cm (total)<br> —<br> <i>Cry</i>, 1984<br> 9 épreuves gélatino-argentiques teintes à la main avec feuille d’argent<br> 181,7 × 151,7 cm (total)<br>
Maurizio CATTELAN<br> <i>We</i>, 2010<br> —<br> structure en fibre de verre, gomme en polyuréthane, bois, vêtements<br> 79 × 148 × 68 cm<br>
Martin KIPPENBERGER<br> <i>Miete Strom Gas. Hessisches Landesmuseum Darmstadt. 8. Juni-10. August 1986</i>, 1986<br> —<br> <i>Happy to be Gay</i>, 1993<br> —<br> <i>Architekturmuseum</i>, 1990<br> —<br> <i>Diedrich Diederichsen. Steirischer herbst ’86. Forum Stadtpark Graz</i>, 1986<br> —<br> Tirages offset sur papier<br> 84 × 60 cm (chacun)<br>
Rudolf STINGEL<br> <i>Louvre (After Sam)</i><br> —<br> Huile sur toile en 5 parties<br> 38 × 52 cm (chacun)<br>
Rudolf STINGEL<br> <i>Untitled (Alpino 1976)</i>, 2007<br> —<br> Huile sur toile<br> 335,9 × 326,4 cm<br>
 

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Revue Pinault Collection - Numéro 11

 

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