<i>Untitled</i>, 2008 <br/>  — <br/> Huile et émail sur toile <br/> 335,3 × 487,7 cm <br/> — <br/> <i>Untitled</i>, 2008 <br/>  — <br/> Huile et émail sur toile <br/> 335,3 × 487,7 cm <br/> — <br/> Vue d’exposition <br/> « Mapping the Studio », Punta della Dogana, 2009-11.
 
Fondation Beyeler /
Bâle
 
<a class="switch">Texte</a><br> <b>Elena Geuna</b><br> <span style="display: none;"> Commissaire de l’exposition « Rudolf Stingel » <br/> de Palazzo Grassi en 2013 </span>
 
Rudolf Stingel
 
La Fondation Beyeler consacre son exposition estivale 2019 au peintre Rudolf Stingel, né en 1956 à Merano en Italie. Après la carte blanche de 2013 au Palazzo Grassi, c’est la première exposition muséale en Europe à présenter les principales séries d’œuvres de l’ensemble de la carrière de Rudolf Stingel.

<span class="alinea"></span>Écrire sur ce qui résiste au langage présente quelque difficulté et requiert beaucoup d’attention. Or, chez Rudolf Stingel, cette résistance à la description prend corps dans la trame même de ses toiles. Aucun mot ne saurait transmettre la monumentalité, la densité, et le silence de ses tableaux dorés — deux œuvres appartenant à la Collection Pinault et que l’artiste a lui-même choisies pour qu’elles figurent dans sa prochaine exposition personnelle, qui ouvrira en mai 2019 à la Fondation Beyeler de Bâle. C’est la première exposition qu’un musée européen consacre à l’artiste depuis sa mémorable présentation de 2013 au Palazzo Grassi. <br/> <br/> <span class="alinea"></span>J’ai eu l’honneur de collaborer avec l’artiste à cette dernière. Pour la première fois dans l’histoire du palais, une moquette aux motifs orientaux recouvrait toute la surface de ses murs et de ses sols, de l’atrium aux deux étages. Le rapport à l’espace de ses 5 000 mètres carrés se trouvait ainsi remis en question, en résonnance avec l’idée de l’artiste selon laquelle le tapis constitue le médium reliant la peinture et son contexte architectural. Les tableaux de Stingel, en cela qu’ils explorent matériellement le sens de « peinture », interrogent en plein la position du spectateur et la façon dont il parvient — ou pas — à s’exprimer face au silence. <br/> <br/> <span class="alinea"></span>Ce projet se révèle plus émouvant encore si on le met en perspective de l’histoire, toute de confiance et de bonne entente, qui l’a vu naître. Je me souviens avec joie des premières rencontres entre Rudolf Stingel, un ami de longue date, et François Pinault. La sensation d’affinité et d’intelligence mutuelle fut immédiate, et la relation entre artiste et collectionneur se transforma vite en amitié — une visite au studio de Stingel devenant une étape essentielle de tout déplacement à New York. <br/> <br/> <span class="alinea"></span>Il était donc naturel que les œuvres de Stingel trouvassent leur place dans les principales expositions de la collection Pinault, y compris celle qui marqua l’inauguration du Palazzo Grassi en 2006. À cette occasion, l’artiste recréa son œuvre de 2001, <i>Untitled</i>, une pièce constituée de panneaux isolants Celotex, entrée dans la Collection Pinault juste après qu’elle avait été exposée en Italie, au Palazzo delle Albere de Trente. Le public y a pour instruction de laisser sur ces parois argentées des marques de son passage dans la pièce, instituant avec l’œuvre une relation à la fois visuelle et tactile. <br/> <br/> <span class="alinea"></span>À partir du milieu des années 2000, le travail de Stingel commence à fluctuer entre figuration et abstraction, donnant lieu à des contrastes significatifs qui vont à la fois constituer et redéfinir son univers créatif. C’est ainsi que, dans le cadre de l’exposition d’ouverture de Punta della Dogana en 2009, intitulée « Mapping the Studio », le cube central accueillera un autoportrait de grandes dimensions de l’artiste, <i>Untitled (Alpino 1976)</i>, 2006, et trois de ses grands tableaux argentés reproduisant le motif d’un grillage métallique. <br/> <br/> <span class="alinea"></span>Les deux œuvres <i>Untitled</i> présentées à la Fondation Beyeler, pourraient être considérées comme un condensé de son parcours artistique. Dans ces tableaux, réalisés en 2010 et exposés pour la première fois dans un espace institutionnel, on retrouve, reposant sous une subtile couche d’or, des traces du passé de l’artiste. Ces œuvres portent l’empreinte de ce qui pourrait être un souvenir involontaire ou une image cachée. La surface des tableaux témoigne d’un processus artistique qui fluctue constamment entre intention et contingence. L’artiste couche ses toiles sur le sol ; son geste établit un dialogue avec le matériau même dont elles sont constituées. Ce qui en résulte, c’est une superposition d’actions délibérées et fortuites, aussi finement entrelacées que les motifs dans un tapis — figure qui appartient de façon indéniable au vocabulaire de l’artiste. Les sols dorés, même une fois terminés, continuent à générer leur propre surface, donnant à voir une dimension contemplative, raréfiée, qui va au-delà du langage.
 
Page d’ouverture :<br/> <i>Untitled (After Sam)</i>, 2006 <br/>  — <br/> Huile sur toile <br/> 335,3 × 457,2 cm <br/> — <br/> Vue d’exposition  <br/> « Dancing with Myself », Punta della Dogana, 2018. <br/> <br/> <i>Untitled</i>, 2010 <br/> — <br/> Huile et émail sur toile <br/> 330,2 × 469,9 × 5,5 cm
 
<i>Untitled</i>, 2010 <br/>  — <br/> Huile et émail sur toile <br/> 330,2 × 469,9 × 5,5 cm
<i>Untitled</i>, 2001 <br/>  — <br/> Parois recouvertes de Celotex et Tuf-R <br/> Dimensions variables <br/> — <br/> Vue d’exposition <br/> « Where Are We Going? », Palazzo Grassi, 2006.
<i>Untitled</i>, 2008 <br/>  — <br/> Huile et émail sur toile <br/> 335,3 × 487,7 cm <br/> — <br/> <i>Untitled</i>, 2008 <br/>  — <br/> Huile et émail sur toile <br/> 335,3 × 487,7 cm <br/> — <br/> Vue d’exposition <br/> « Mapping the Studio », Punta della Dogana, 2009-11.
<i>Untitled</i>, 2013 <br/>  — <br/> Huile sur toile <br/> 243,8 × 168,3 cm <br/> — <br/> Vue d’exposition <br/> « Rudolf Stingel », Palazzo Grassi, 2013-14.
 

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Revue Pinault Collection - Numéro 12

 

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