Berenice Abbott

<div class="col m-4 auteur pull-right"> <div class="inner"> <div class="white"> <a class="switch">Texte</a><br> <b>Emmanuelle de l’Écotais</b><br> <span style="display: none;"> Chargée des collections photographiques, MAMVP </span> </div> </div> </div> <br/><br/><br/><br/><br/> <span class="alinea"></span>L’Américaine Berenice Abbott occupe une place déterminante dans l’histoire de la photographie : d’abord pour ses portraits, ses vues de New York et ses images scientifiques, mais aussi parce qu’elle joua un rôle fondamental dans la diffusion de l’œuvre d’Eugène Atget, qui apparaît grâce à elle comme le fondateur de la photographie moderne. <br/> <br/> <span class="alinea"></span>Née en 1898 dans l’Ohio, Berenice Abbott arrive à New York en 1918 et commence une formation de sculpteur. Attirée comme tant d’autres par le vent de liberté qui souffle sur Paris, elle traverse l’Atlantique en avril 1921. À la recherche d’un travail, elle devient l’assistante de Man Ray qui l’initie à la photographie. Douée et indépendante, elle ouvre son propre studio de portrait en 1926, qui remporte aussitôt un vif succès : André Gide, Jean Cocteau et James Joyce — entre autres — passent devant son objectif. <br/> <br/> <span class="alinea"></span>La même année, Man Ray lui montre une quarantaine de tirages qu’il a achetés à Eugène Atget. Fascinée par ce travail méthodique sur Paris, elle rencontre le vieil homme et réalise son portrait juste avant sa mort (1927). Cette découverte déclenche un tournant dans son œuvre : convaincue de son importance et de sa modernité, elle parvient, avec l’aide financière du galeriste américain Julien Levy, à acheter la totalité du fonds Atget (plusieurs milliers de plaques de verre) et les emporte à New York en 1929<sup>1</sup>. C’est sans nul doute avec ce modèle en tête que Berenice Abbott se lance, à partir de 1930, dans un vaste projet intitulé <i>Changing New York [New York qui change]</i>. <sup>2</sup> <br/> <br/> <span class="alinea"></span>Depuis le début du XX<sup>e</sup> siècle, New York connaît en effet un choc urbanistique, avec la destruction et la reconstruction de milliers de logements et de bureaux, et la course au développement de l’architecture en hauteur. En 1935, quand Berenice Abbott obtient le soutien du Federal Art Project, une loi est déjà passée pour obliger les architectes à tenir compte de la largeur des avenues avant de définir la hauteur de leurs immeubles, tant les rues se sont assombries au cœur de New York. Berenice Abbott, tout en tirant partie de l’impact visuel de cette modernité dynamique, rend compte avec finesse des paradoxes de la ville et de la notion de progrès. <br/> <br/> <span class="alinea"></span>Mises côte à côte, ses photographies mettent en évidence les contrastes entre les gratte-ciel et les taudis, les ponts de métal et les églises en bois, les boutiques de luxe de Park Avenue et les façades décrépites de Brooklyn, les prises de vue « par en-dessous » du métro aérien et les images vues du ciel des immeubles de Manhattan, mais aussi les enfants pauvres du Bronx et les clients aisés des grands magasins, les ouvriers et les hommes d’affaires… Avec plus de trois cents images, elle constitue en quelques années le portrait détaillé de la métropole et de « son rythme précipité, les vibrations de sa vie cachée »<sup>3</sup>. Cette dichotomie de la vie moderne, qui à l’époque pouvait passer pour une transition liée à l’avènement d’un nouveau siècle, nous apparaît toujours aussi prégnante aujourd’hui. <br/> <br/> <div class="notes"> 1 — Elle valorisera le fonds Atget par le biais d’éditions et d’expositions pendant de nombreuses années, avant de le vendre au Museum of Modern Art en 1968.<br/> 2 — Dont les premières images sont exposées à la galerie de Julien Levy en mai 1932 : « Photographs of New York by New York photographers ».<br/> 3 — Elizabeth McCausland, « Outline for changing New York Commentary », n. d. (janvier-février 1938), collection personnelle d’Anne Tucker, repris par Sarah Miller dans « L’équilibre dynamique, le « maintenant » de Berenice Abbott », in <i>Berenice Abbott</i>, Jeu de Paume, p. 58 </div>
 
<i>Midtown Manhattan</i>, 1932, <br/>  — <br/> Tirage argentique monté sur support cartonné <br/> 24 × 19 cm
 

Pinault Collection

Revue Pinault Collection - Numéro 12

 

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