Nina Canell

<div class="col m-4 auteur pull-right"> <div class="inner"> <div class="white"> <a class="switch">Texte</a><br> <b>Chris Sharp</b><br> <span style="display: none;"> Commissaire et critique d’art </span> </div> </div> </div> <br/><br/><br/><br/><br/> <span class="alinea"></span><i>Days of Inertia</i> (2015) trouve naturellement sa place au sein de la pratique artistique, rigoureusement poétique et singulièrement sculpturale, de Nina Canell, en même temps qu’elle en déborde les confins. En effet, malgré son inertie déclarée, on pourrait presque dire qu’elle joue de façon à la fois centripète et centrifuge dans toute son œuvre. Car ce que fait Nina Canell, c’est une sculpture placée sous le signe du faire, de l’être — voire, de l’avoir été. Son travail tend à être le lieu et/ou le résultat d’une transformation, ou bien d’une activation de matériaux, de processus ou de phénomènes, qui sans cela, resteraient pour la plupart invisibles à l’œil nu. <br/> <br/> <span class="alinea"></span>Prenez, par exemple, <i>Treetops, Hillsides and Ditches</i> (2011). Cette œuvre emblématique de Nina Canell consiste à poser des blocs de résine de mastic teintée sur des tronçons de bois de récupération, placés verticalement, et à laisser la résine s’écouler par l'action de la gravité le long de ces poteaux de fortune. Virtuellement invisible à l’œil nu, la progression du mastic ne peut être jaugée qu’au moyen d’observations effectuées jour après jour. <i>Perpetuum Mobile</i> (2009-2010) constitue un autre exemple, plus classique encore, de transformation. Cette œuvre de nature délibérément indéterminée repose sur le processus ; elle est constituée d’un oscillateur à ultrasons placé dans une cuvette d’eau, non loin d’un sac de ciment éventré. La haute fréquence de l’instrument transforme l’eau en vapeur, vapeur qui migre et va opérer graduellement la transformation en béton du sac de ciment. Le son mute, pour devenir non seulement palpable, mais aussi formellement statique. Statique en apparence, la sculpture <i>Thins</i> (2015), quant à elle, fonctionne de façon semblable à <i>Days of Inertia</i>. <i>Thins</i> est composée d’un aimant dissimulé derrière une paroi, et d’une série de clous, de plus en plus petits, tenant bout à bout grâce à la force magnétique. Les clous sont reliés et fragilement maintenus en place sous l’effet du seul courant d’énergie dynamique qui passe entre eux. L’énergie et la tension qui les unissent sont à la fois cachées et parfaitement visibles. <br/> <br/> <span class="alinea"></span><i>Days of Inertia</i> procède, si l’on peut dire, d’un même effet de passe-passe. Cette sculpture plurielle est constituée d’un assortiment de carreaux en céramique, brisés de façon aléatoire en fragments dispersés sur le sol. L’artiste a enduit le tranchant des morceaux de céramique d’un produit hydrofuge pour qu’il constitue une barrière à même de contenir l’eau versée, et qui affleure de leur calme surface réfléchissante. Investie d’une tension légère mais bien palpable, l’eau revêt un caractère matériel différent : à la fois tranquille et complètement dynamique, générant de l’énergie par le simple fait d’être contraint à l’immobilité. Le titre <i>Days of Inertia</i> pourrait donc assumer une sorte de double sens, renvoyant soit au mouvement invisible qui anime l’eau, soit à son apparente immobilité.
 
<i>Days of Inertia</i>, 2015-2018 <br/>  — <br/> Eau, couche hydrophobe, tuiles en grès <br/> Dimensions variables <br/>  — <br/>
Vues d’exposition <br/> Le Crédac : Centre d´art <br/> contemporain d’Ivry, 2017.
 

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Revue Pinault Collection - Numéro 12

 

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