Trisha Donnelly

<div class="col m-4 auteur pull-right"> <div class="inner"> <div class="white"> <a class="switch">Texte</a><br> <b>Etienne Bernard</b><br> <span style="display: none;"> Directeur de <br/> Passerelle Centre d’art contemporain, Brest </span> </div> </div> </div> <br/><br/><br/><br/><br/> <span class="alinea"></span>« L’art de Trisha Donnelly est souvent qualifié de conceptuel, mais c’est généralement faute de mieux — ou pour indiquer que son appréhension ne va pas de soi. (…) Ce n’est pas à notre compréhension qu’elle s’adresse mais à notre imaginaire, à notre inquiétude — aussi — à nous trouver en face de ce que nous ne connaissons pas et qui se donne à nous dans un langage peu familier » écrivait en 2016 le critique Éric Troncy dans les colonnes du magazine <i>Numéro</i>. Et force est de constater que l’artiste américaine entretient effectivement la distance jusqu’à l’anxiété. Tout d’abord chez le public régulièrement circonspect devant ses compositions abstraites provenant d’images filmées puis « retraitées », dont la nature n’est jamais révélée et dont on ne perçoit que les textures, des matières mouvantes ou liquides, des <i>glitches</i> digitaux. Dans l’institution et le système de l’art ensuite, dont elle met les fondements en crise en refusant toute forme de communication ou de médiation et postulant la rumeur comme partie et moteur de l’œuvre. <br/> <br/> <span class="alinea"></span>Il y a chez Trisha Donnelly une volonté de prouver par la catharsis numérique que l’art est avant tout une aventure à embrasser individuellement et que toute œuvre, aussi absconde soit-elle, de prime abord, constitue une fenêtre ouverte sur un imaginaire à générer pour qui veut bien y consacrer un peu de temps. Ce que nous voyons n’est pas tant déterminé par ce que l’artiste montre, mais par la façon dont nous laissons notre esprit vagabonder et nos sens être bouleversés par son travail. Ainsi, la seule information dont nous disposons quant aux œuvres présentées est l’année de leur création. En dehors de cela, elles demeurent sans titre. Il nous reste alors à les décrire. <br/> <br/> <span class="alinea"></span>Construite à partir de photographies numériques et de remaniements analogiques de leurs impressions ou traitements, la vidéo <i>Untitled</i>, 2016 est un jeu de surfaces picturales. Cette fusion inextricable de codes sources devient matière organique, oscillatoire et vibratoire. Elle capture le regard et nous plonge dans un état de suspension expérientielle. Le champ de la vidéo apparaît étendu à l’infini. L’artiste joue sur la vitesse d'enchaînement des images afin qu’elles apparaissent comme autant de mouvements séquentiels. En résulte une continuelle impression d’étirement, de pliage et de mue d’une seule image dans l’espace de l’écran. Ce processus donne l’impression de plonger profondément dans les strates du temps plutôt que de suivre son évolution chronologique. <br/> <br/> <span class="alinea"></span>À l’inverse, la seconde pièce <i>Untitled</i>, 2017, adossée au mur, semble marquer l’arrêt, et littéralement graver dans le marbre qui la constitue la trace de son altération par quelque outil de coupe à la précision implacable. Les deux œuvres jouent ainsi les oppositions complémentaires. Quand l’une égare dans un univers fluide, l’autre consigne à l’image d’une pierre philosophale, quand la première convoque notre imaginaire par la perte de repères visuels, l’autre joue les passeurs haptiques.
 

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Revue Pinault Collection - Numéro 12

 

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