Museum Ludwig /
Cologne
 
Wade Guyton
 
<div class="white"> <a class="switch">Texte</a><br> <b>Nicolas Trembley</b><br> <span style="display: none;"> Commissaire et critique d'art </span> </div>
 
<div class="chapeau">Wade Guyton (Né en 1972 à Hammond dans l’Indiana) est l’un des représentants les plus influents d’une génération d’artistes qui pensent et produisent des images à l’ère du numérique. Il avait été, en 2014, le deuxième artiste invité à concevoir une installation pour le Cube de la Punta della Dogana.</div> <br /><br /> <div class="col m-10"> <span class="title">Wade Guyton</span><br> </div> <div class="clear"><br><br></div> <span class="alinea"></span>Si certaines œuvres de Wade Guyton renvoient à la structure et au langage de la peinture, au sens traditionnel du terme, elles en modifient néanmoins radicalement les codes et les modes de production. Les peintures de Guyton sont en effet réalisées à l’aide de très grandes imprimantes à jet d’encre dans lesquelles l’artiste fait passer plusieurs fois la toile pour y imprimer des motifs et lettrages ou de simples aplats. Les erreurs, les coulures et les défauts d’impression font partie du programme général de composition et assurent l’unicité du résultat. <br/> <br/> <span class="alinea"></span>Le Museum Ludwig de Cologne consacre à l’artiste une importante rétrospective et deux œuvres de la Collection Pinault sont prêtées à cette occasion. La première, <i>Untitled</i> (2011) (toutes les œuvres de Wade Guyton portent le même sans titre et un numéro d’inventaire précédé de ses initiales), a été produite en 2011 pour l’exposition collective « Wade Guyton — Guyton\Walker — Kelley Walker » qui s’est déroulée début 2013, au Kunsthaus de Bregenz. Cette peinture qui mesure presque quatre mètres de haut est la première d’un ensemble de trois toiles gris foncé assez semblables, chacune d’entre elles étant plus petite que la précédente. Leur accrochage — à un endroit similaire, à chaque étage du musée — renforçait l’idée de répétition propre au travail de Guyton tout en se confondant dans l’architecture. En effet, les murs du musée, conçu par Peter Zumthor, sont constitués de béton gris. <br/> <br/> <span class="alinea"></span>Parti d’un fichier informatique formé d’un rectangle rempli à 50 % de couleur grise, en référence à la texture des murs du bâtiment, Wade Guyton a réalisé <i>Untitled</i> (2011) avec la volonté de poursuivre ses recherches autour de la question du monochrome. C’est aussi la première fois qu’il utilisait une nouvelle imprimante, l’Epson 11880, et n’en maîtrisait pas encore le contrôle des couleurs et la diffusion des encres, d’où cet aspect gras, profond et détrempé si particulier. La bande noire sur le côté gauche est la résultante d’une seconde impression de la toile. Ce qui s’apparente à des volutes de fumée, sur le côté droit, provient des traces de l’enduit de gesso, appliqué sur la toile avant son passage dans l’imprimante. Parfois, ces traces réapparaissent une fois l’encre de la machine déposée sur le lin, lui-même réagissant différemment selon l’humidité. <br/> <br/> <span class="alinea"></span>La deuxième œuvre de la Collection Pinault prêtée pour la rétrospective du Ludwig est une pièce clé dans la production de l’artiste. Elle n’a encore jamais été exposée publiquement. Elle inaugure un nouveau cycle d’œuvres, une approche inédite, plus figurative, qui fait suite aux répétitions abstraites de signes générés par ordinateur, que ce soit des « X », des « U » ou encore l’image d’une flamme, qui font désormais partie des icônes de l’art de ces dernières décennies. <br/> <br/> <span class="alinea"></span>Cette nouvelle image noir et blanc est une photographie de son atelier prise avec son téléphone. Au premier plan, se dresse l’une de ses sculptures, constituée de l’armature tubulaire modifiée d’une chaise de Marcel Breuer, posée à même le sol. À l’arrière-plan, on aperçoit la partie gauche d’une des peintures de la série des « Black bars », ainsi que le mur blanc sur lequel l’œuvre est adossée. Elle est posée sur des calles en bois, elles-mêmes reposant sur le parquet de l’atelier. À gauche, on distingue ce qui semble être la partie ballante d’une toile non montée sur châssis et probablement punaisée à même la paroi. <br/> <br/> <span class="alinea"></span>« Pour comprendre mon travail autrement, j’ai commencé à le photographier dans l’atelier et à produire des peintures à partir de ces images. C’est parfaitement logique d’utiliser une image photographique avec les outils dont je me sers. Mes imprimantes ont été conçues pour remplacer la photographie qu’on développait en chambre noire… » <sup>1</sup> <br/> <br/> <span class="alinea"></span>Cette toile est la source d’un nouveau vocabulaire pour Guyton et génèrera un métalangage d’œuvres dont le fil rouge sera l’atelier et son architecture (le sol, les murs, les fenêtres) ainsi que l’activité qui s’y déroule (les assistants, les machines, le montage), le cycle de production interne au studio devenant désormais, lui-même, l’œuvre représentée. <br/> <br/> <span class="alinea"></span><i>Untitled</i>, produite en 2015, est néanmoins unique car jamais reproduite. Les pièces similaires déclinées en divers formats, couleurs et séries seront constituées de la même sculpture mais avec en fond un seul tableau issu de la série des « Black Paintings ». Cette pièce, sorte d’alpha que François Pinault a découvert dans l’atelier de l’artiste, a engendré les séries majeures présentées pour la première fois en 2016 lors de l’exposition intitulée simplement « Wade Guyton » présentée au Consortium de Dijon puis au Mamco de Genève en 2017. <br/> <br/> <span class="alinea"></span>L’irruption d’éléments issus du réel et la dimension biographique qu’ils prennent dans le contexte de l’atelier ont bouleversé l’iconographie à laquelle l’artiste nous avait habitués et ouvert de nouvelles perspectives. Récemment, l’imagerie de Guyton a quitté le studio pour s’émanciper à l’extérieur de celui-ci, dans la ville. <br/> <br/> <span class="alinea"></span>À travers la mise en abyme de son propre travail, Wade Guyton interroge l’ensemble de la chaîne de production et de représentation de l’art, confronté à son inéluctable devenir-image. <br/> <br/> <div class="notes"> 1 — Entretien de l’artiste avec l’auteur, avril 2016. </div>
<i>Untitled</i>, 2011 <br/> Jet d’encre Epson Ultrachrome K3 sur toile de lin <br/> 395 × 275 × 4 cm
<i>Untitled</i>, 2015 <br/> Jet d’encre Epson Ultrachrome K3 sur toile de lin <br/> 213 × 175 cm
 

Pinault Collection

Revue Pinault Collection - Numéro 13

 

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