le Palazzo grassi invite l’artiste, poète, essayiste et fondateur d’ubuweb kenneth goldsmith (né en 1961 aux états-unis) à dialoguer au teatrino avec les commissaires d’exposition francesco urbano ragazzi.


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<u>Texte</u> <br/> <b>Francesco Urbano Ragazzi </b><br/> <span style="display:none;">Commissaires</span>






<span class="alinea"></span>Un hacktiviste jugé pour avoir piraté des millions d’essais académiques appartenant au site d’archives en ligne JSTOR, mort par suicide en 2013. Une ex-sénatrice ayant (du moins, pour le moment) échoué dans sa tentative de devenir la première femme Président des États-Unis. Un philosophe qui, à l’âge de vingt-neuf ans, a déclaré avoir résolu — voire, dissout — tous les problèmes soulevés en philosophie… Que peuvent bien avoir en commun Aaron Swartz, Hillary Clinton et Ludwig Wittgenstein ? Peut-être une certaine relation au pouvoir, mais aussi avec les limites du langage. C’est du moins ainsi que répondrait l’artiste et poète Kenneth Goldsmith. <br/> <br/> <span class="alinea"></span>Mais il est plus probable que le véritable dénominateur commun entre ces trois noms, ce soit justement lui, Kenneth Goldsmith. <br/> <br/> <span class="alinea"></span>En effet, si l’on saisit « Swartz », « Clinton » et « Wittgenstein » dans n’importe quel moteur de recherche, on découvre qu’ils font tous les trois l’objet d’un monumental projet <i>archive-based</i> élaboré par l’auteur d’<i>Uncreative Writing</i> et de <i>Wasting Time on the Internet</i>. <br/> <br/> <span class="alinea"></span>Le premier s’intitule <i>Printing out the Internet</i>. Il est constitué de l’impression de tous les documents que Swartz a rendus publics au prix de sa propre liberté. C’est un océan de feuillets qui s’érige en monument à la circulation incontrôlable des connaissances (Labor, Mexico City 2013 ; Kunsthalle Düsseldorf et Kunstverein Hamburg, 2014). <br/> <br/> <span class="alinea"></span>Le second a pour nom <i>HILLARY: The Hillary Clinton Emails</i>. Il se compose également de feuillets imprimés, mais en quantité moindre. Il s’agit des trente mille courriels qu’Hillary Clinton a, imprudemment, envoyés et reçus depuis son adresse personnelle entre 2009 et 2013. Ces messages, diffusés sur Internet par l’US Department of State, puis par WikiLeaks, Goldsmith les a « matérialisés » le temps d’une exposition ouverte pendant toute la durée de la Biennale de Venise à l’intérieur du magasin Despar Teatro Italia, un vieux cinéma couvert de fresques datant du début du 20<sup>e</sup> siècle et converti récemment en supermarché. <br/> <br/> <span class="alinea"></span>Quant au troisième, il se présente sous la forme d’un livre — <i>I Declare a Permanent State of Happiness</i> — et d’une leçon que Kenneth Goldsmith tient au Teatrino de Palazzo Grassi le 27 novembre à 18h30. La structure cristalline du <i>Tractatus Logico-Philosophicus</i> de Wittgenstein est agitée de notes de bas de page qui semblent nées de la pensée d’un étudiant, très intelligent et très paresseux, qui aimerait Nina Simone, Lou Reed et John Cage. Hillary et Aaron y seront présents eux aussi, d’une manière ou d’une autre. <br/>
Vue de l’exposition « Hillary. Kenneth Goldsmith » au Despar Teatro Italia, Venise.
Vue de l’exposition « Hillary. Kenneth Goldsmith » au Despar Teatro Italia, Venise.
Vue de l’exposition « Hillary. Kenneth Goldsmith » au Despar Teatro Italia, Venise.
Vue de l’exposition « Hillary. Kenneth Goldsmith » au Despar Teatro Italia, Venise.
 

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Revue Pinault Collection - Numéro 13

 

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