Au terme d’un an de résidence à la Pinault Collection à Lens et dans le prolongement de sa participation à l’exposition « Luogo e Segni » à la Punta della Dogana, Hicham Berrada (né en 1986 à Casablanca) a été invité à présenter au Teatrino du palazzo Grassi une nouvelle version de sa performance <i>Présage</i>.


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<u>Texte</u> <br/> <b>Mouna Mekouar</b> <br/> <span style="display:none;">Commissaire et critique d’art </span><br/>




<span class="alinea"></span>Le travail de Hicham Berrada transporte le visiteur dans un ailleurs, un monde à la fois vivant et inerte, proposant de réfléchir simultanément aux notions de nature, de création et de temps. En effet, il met en scène les changements et les métamorphoses d’une nature activée chimiquement ou mécaniquement. Du laboratoire à l’atelier, de l’expérience chimique à la performance, l’artiste crée un univers personnel, lié à une pratique expérimentale, jouant de ses codes. <br/> <br/> <span class="alinea"></span>La création de Hicham Berrada s’articule en travaux successifs qui se fécondent les uns les autres, entraînant le visiteur dans des régions inconnues où nature, matière et création se répondent. <i>Présage</i> se décline, par exemple, sous trois formes — la performance, la vidéo et la « tranche », c’est-à-dire l’aquarium. Chaque aquarium, chaque projection, chaque performance forment ensemble une esthétique du fragment qui souligne la constante recherche de l’artiste pour une forme en devenir. « J’ai appelé <i>Présage</i> l’apparition contrôlée d’un paysage dans une tranche ou un cylindre. Il ne s’agit pas d’une seule et unique expérience, car je ne me limite pas dans l’emploi des produits chimiques. Je continue de chercher et d’expérimenter de nouveaux éléments, de nouvelles combinaisons. C’est un morceau de nature possible qui relève d’une temporalité onirique », explique l’artiste. <br/> <br/> <span class="alinea"></span>Pour y parvenir, il associe à l’intérieur d’un bécher des liquides, des cristaux et des matières organiques, faisant émerger un monde chimérique qui ne cesse de se métamorphoser. Ces paysages éphémères, qui mélangent végétal et minéral, sont conçus comme des créations picturales. « J’essaye de maîtriser les phénomènes que je mobilise comme un peintre maîtrise ses pigments et ses pinceaux. Mes pinceaux et mes pigments seraient le chaud, le froid, le magnétisme, la lumière » dit-il, avant d’ajouter, « Pour moi, les sciences humaines, la biologie et la physique ne sont pas opposées. Je m’intéresse à la science comme à la danse, à la musique ou à la littérature. Cette attitude n’est pas nouvelle ; elle était celle des artistes de la Renaissance (…). Plus proche de nous, Sigmar Polke<sup>1</sup> faisait des expériences chimiques en utilisant des matières toxiques pour sa peinture. Je souhaite me positionner dans ce rapport de continuité. » <br/> <br/> <span class="alinea"></span>Hicham Berrada ne cesse ainsi d’explorer les réactions entre les éléments, en proposant, à chaque fois, de nouvelles combinaisons. En laissant son œuvre ouverte à d’autres possibles, l’artiste démultiplie les visions et les interprétations de cet ensemble que forme <i>Présage</i>. D’une part, les réactions chimiques produisent des mondes en constante mutation qui jouent du réel et de l’imaginaire mais aussi des échelles, entre microcosme et macrocosme. D’autre part, ces transformations de la matière aux couleurs et aux formes fascinantes sont filmées et simultanément projetées à l’écran lors de performances, développées avec Laurent Durupt. Compositeur et musicien, ce dernier accompagne ce processus — selon une démarche analogue à celle de Hicham Berrada. Laurent Durupt capte et modifie des sons émanant de la nature. Plongé dans cette expérience immersive, le spectateur est invité à observer, en temps réel, la création de petits écosystèmes, instables et fragiles. En déployant des paysages sonores et visuels lors de ces performances, la métamorphose est doublement effective, invitant désormais chaque spectateur à flotter à la surface d’un rêve. <br/> <br/> <br/> <div class="notes">1 — Voir par exemple les œuvres présentées dans le cadre de « Sigmar Polke », exposition organisée au Palazzo Grassi en 2016.</div>
 

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Revue Pinault Collection - Numéro 13

 

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