Collection Lambert
Avignon
 
Cyprien Gaillard
 
Texte
Lydie Delahaye
Paris VIII, IHTP, EHESS

Jonathan Pouthier
MNAM — Centre Pompidou
 
Le film <i>Pruitt-Igoe Falls</i> de Cyprien Gaillard a été présenté dans l'exposition inaugurale de la Collection Lambert en Avignon à l'été 2015. Elle confronte la dramaturgie spectaculaire de la démolition d'une barre d'immeubles et l'illumination des chutes du Niagara.
Cyprien GAILLARD<br /><i>Pruitt-Igoe Falls</i>, 2009 — Installation vidéo — capture d'écran — 6’55’’
 
<br><br><br> <span class="alinea"></span>Dans l’espace du cadre où s’agencent les éléments d’une composition romantique à la manière de Caspar Friedrich, une tour d’habitation s’effondre silencieusement face à quelques spectateurs contemplatifs. Les lignes architecturales rigides disparaissent progressivement dans une nuée de poussière opaque que vient bientôt traverser un rayon de lumière colorée. Dans l’homogénéité de ce plan fixe et par le truchement d’un fondu enchaîné reprenant les effets d’apparitions et de disparitions du cinéma primitif, les gigantesques chutes d’eau du Niagara, motif de prédilection des anciens spectacles de panorama, surgissent de l’écran et viennent jouer avec le faisceau lumineux qui ne cesse de se reconfigurer dans l’image. Cyprien Gaillard partage avec les gravures de Piranèse un goût pour les ruines et leur dramaturgie spectaculaire dont il rejoue les fantasmagories architecturales dans le contexte du modernisme : le titre de l’œuvre fait en effet référence à un ensemble d’habitations construit à Saint Louis, dans le Missouri, Pruitt-Igoe, dont la destruction devant les caméras de télévision en 1972 annonçait la fin de l’architecture moderne aux États-Unis ( 1 ). Au-delà des références plastiques empruntées au romantisme et au modernisme, entre terreur sublime (l’écroulement de la tour) et plaisir du beau (les couleurs lumineuses qui jouent à la surface de l’eau), Cyprien Gaillard condense dans l’intervalle d’une ellipse la naissance et la disparition de l’espace de représentation théâtrale moderne. En 1876, Richard Wagner, avec l’élaboration du Festspielhaus de Bayreuth, réalisait son rêve de <i>Gesamtkunstwerk</i> (l’œuvre d’art totale), apothéose de la représentation illusionniste du théâtre moderne qui allait trouver, au XXe siècle, un prolongement dans le spectacle cinématographique. <i>Pruitt-Igoe Falls</i> réinvestit ce fantasme d’une synthèse des formes artistiques pour rejouer, à la manière d’une symphonie visuelle et silencieuse, le crépuscule de l’héritage moderniste.<br> <br> Extrait du catalogue de l’exposition « Art Lovers » (Grimaldi Forum, Monaco, éditions Lienart, 2014)<br> 1 — Charles Jencks, <i>Langage de l’architecture postmoderne</i>, Paris, Denoël, 1984.
Cyprien GAILLARD<br /><i>Pruitt-Igoe Falls</i>, 2009 — Installation vidéo — capture d'écran — 6’55’’
Cyprien GAILLARD<br /><i>Pruitt-Igoe Falls</i>, 2009 — Installation vidéo — capture d'écran — 6’55’’
 

Pinault Collection

Revue Pinault Collection - Numéro 05

 

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