Texte
Colin Lemoine
Commissaire d’exposition et critique d’art
Grand Palais
Paris
 
 
Thomas Houseago
 
 
Après « Picasso et les maîtres » en 2009, le Grand Palais met en lumière l'impact de l'œuvre de picasso et la postérité de son mythe sur la création contemporaine avec l'exposition « Picasso Mania ». La sculpture <i>Baby</i> de Thomas Houseago y est présentée.
 
<br><br><br><span class="alinea"></span><i>Baby</i> est un assemblage où coexistent différents matériaux, empruntés pour certains au domaine de la sculpture — le plâtre, le fer et le bois — et pour d’autres aux arts graphiques — le fusain et la mine. Partant de là, Houseago joue avec l’hétérogène et brouille les pistes en explorant simultanément la bidimensionnalité et la tridimensionnalité, la ronde-bosse et la feuille de papier. En résulte une œuvre aussi trouble que subtile, volumineuse et plane, monumentale et fragile comme le sont ces colosses de papier et de carême conçus pour les carnavals.<br /><br /> <span class="alinea"></span>D’apparence impure, cette œuvre n’en est pas moins préméditée : à la manière de Giacometti, Houseago élabore les formes plâtreuses sur des tiges métalliques et, à l’instar d’un peintre de la Renaissance concevant des « cartons » en amont de ses fresques, le Britannique articule des lignes sur des supports singuliers. Ce <i>Baby</i> naît donc d’un travail de projections, psychiques et optiques, mentales et perspectives, où rien n’est laissé au hasard, à la manière du cubisme analytique que Georges Braque et Pablo Picasso imaginèrent avant la Première Guerre mondiale, non pour déconstruire les formes mais pour expérimenter une approche totale du visible, et particulièrement diligente à l’endroit du réel.<br /><br /> <span class="alinea"></span>Du reste, l’œuvre est une ode à l’histoire de l’art et à la culture populaire, au musée et à la rue, à la poésie et à la prose : le visage est une citation des masques tribaux africains et du <i>Rock Drill</i> (1913-1915) de Jacob Epstein ; la position évoque <i>L’Adolescent accroupi</i> (vers 1530) de Michel-Ange, <i>Iris messagère des dieux</i> (1895) d’Auguste Rodin et une chorégraphie hip-hop ; la fluidité de la ligne rappelle les graffitis urbains comme <i>La Danse</i> (1931-1933) que Matisse conçut pour Albert Barnes, armé d’un fusain fixé à l’extrémité d’un long bâton. De même, avec cette pièce, Houseago ne paraît pas indifférent au cinéma ou à la pop music, que l’on veuille juste songer au Dark Vador de George Lukas ou au zombie Michael Jackson (<i>Thriller</i>, 1982). Enfance de l’art que ce <i>Baby</i> contenant en germe tant de formes souveraines, tant de symptômes visuels, tant de figures de style(s).
Thomas HOUSEAGO<br><i>Baby</i>, 2009-2010 — Plâtre à mouler Tuf-Cal, chanvre, armature en fer, bois, graphite, fusain 260,3 × 228,6 × 205,7 cm
Thomas HOUSEAGO<br><i>Baby</i>, 2009-2010 — Plâtre à mouler Tuf-Cal, chanvre, armature en fer, bois, graphite, fusain 260,3 × 228,6 × 205,7 cm
Thomas HOUSEAGO<br><i>Baby</i>, 2009-2010 — Plâtre à mouler Tuf-Cal, chanvre, armature en fer, bois, graphite, fusain 260,3 × 228,6 × 205,7 cm
 

Pinault Collection

Revue Pinault Collection - Numéro 05

 

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