<span class="chapeau">Pinault Collection a pris le parti de donner régulièrement, à Palazzo Grassi et à Punta della Dogana, un coup de projecteur sur les œuvres d'un jeune artiste. Initié en 2013 avec Zeng Fanzhi dans le Cube de Punta della Dogana suivi par Wade Guyton en 2014, ce rendez-vous se déplace cette année dans le foyer du Teatrino, qui accueille ainsi sa toute première exposition, avec les peintures de l'artiste chinois Jia aili.</span> <div class="auteur col m-4"> <div class="inner"> <div class="white"> <a class="switch">Texte</a><br> <b>Karen Smith</b><br> <span>Historienne d’art</span> </div> </div> </div> <div class="clearfix"> <br> <br> <br> <br> <span class="title">Jia</span><br> <span class="alinea" style="float:left"> </span><span class="title col">Aili</span> </div> <br> <br> <br> <span class="alinea"></span>Quand nous contemplons les tableaux de Jia, nous identifions immédiatement ces scènes, ces paysages, car ils ressemblent fortement aux visions de l’apocalypse dépeintes dans la littérature et le cinéma occidentaux depuis déjà plusieurs décennies, ancrées dans l’expérience du conflit et de la destruction durant les guerres mondiales de la première moitié du XXe siècle. […] Dans l’univers de Jia, la liberté de parole et l’individualité sont limitées. Si les souvenirs personnels vont à l’encontre de vérités officiellement réprimées, la confiance de la population s’en trouve progressivement minée, les gens en viennent à douter de leurs propres facultés. Pour Jia, dépeindre un monde post-apocalyptique, sa désolation et son aliénante austérité, est un moyen de réfléchir à ce malheur et au nihihisme omniprésent. Cette vision dévastée, qu’il juxtapose avec l’image d’une enfance innocente sur le point d’être souillée par les horreurs de la réalité, hors du cadre mais toujours menaçantes, est un moyen subtil d’exprimer, dans un langage universel, les incertitudes de sa génération. […] Jia Aili a grandi au milieu des drames liés à la modernisation économique, à l’instabilité résultant de la mobilité sociale et aux contraintes persistantes du socialisme, à la fin de la guerre froide et au début d’un siècle nouveau. C’est-à-dire dans un environnement empreint d’une angoisse qui persiste encore de nos jours. […] Les toiles de Jia nous amènent à nous demander si nous serions peut-être, en tant qu’espèce, destinés à être les auteurs de notre propre destruction. […] L’intense et pressante complexité de [cette insoluble question] nourrit l’aura de ces tableaux, colore les ciels sombres qui pèsent lourdement au-dessus de nos têtes, au-dessus des régions lointaines et des distants horizons. En quête d’espoir, ces ciels continuent de révéler un monde nouveau, qui nous est étrangement familier.
Vue d’exposition :<br>« Jia Aili » (Teatrino, 2015)
Jia AILI<br><i>The Memory of North Willow Grass Island</i>, 2012-2014 <br>Huile sur toile 240 × 500 cm
Jia AILI<br><i>The God of Small Things</i>, 2006-2009<br>Huile sur toile 175 × 155 cm
Jia AILI<br><i>Untitled</i>, 2012<br>Huile sur toile 337 × 290 cm
 

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Revue Pinault Collection - Numéro 05

 

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