<span class="chapeau">« Slip of the Tongue » présente trois œuvres de Bertrand Lavier, dont deux de ses premiers <i>objets peints : Gabriel Gaveau</i> (1981) et <i>Manubelge</i> (1982).</span> <div class="auteur col m-4"> <div class="inner"> <div class="white"> <a class="switch">Texte</a><br> <b>Martin Bethenod</b><br> <span>Directeur du Palazzo Grassi —<br>Punta della Dogana</span> </div> </div> </div> <div class="clearfix"> <br> <br> <br> <br> <span class="title">BERTRAND</span><br> <span class="alinea" style="float:left"> </span><span class="title col">LAVIER</span> </div> <br> <br> <br> <span class="alinea"></span>Dans le catalogue de la magistrale exposition du Centre Pompidou « Bertrand Lavier, depuis 1969 », Michel Gauthier, son commissaire, établissait l’inventaire des <i>Objets peints</i> réalisés par l’artiste depuis 1980 : « Affiche, aile de voiture, appareil photographique, armoire — vitrée, à pharmacie, de salle de bains —, aspirateur, balle, balustrade, barrière de cordon rouge avec pieds métalliques, bateau à voile, boîte en carton, bureau, chaise longue, cible à fléchettes, classeur, colonne tronquée, échelle, enseigne de magasin, extincteur, fenêtre, four à micro-ondes, horloge, lampe, lavabo, livre, miroir, mur, panneau de signalisation, pare-chocs, perceuse, pèse-lettre, photographie, piano, pistolet à peinture, pochette de disque, portes en tous genres, poste de radio, poutrelle métallique, <i>punching-ball</i>, pylône, radiateur, réfrigérateur, réveil, sculpture, soc, socle, table, table de ping-pong, tableau, tableau noir, tabouret, taille-haie, ventilateur, vitrine, voile de planche à voile, voiture, etc. ». Risquons un ajout à cette liste quasi exhaustive : le pianola.<br> <br> <span class="alinea"></span>Le <i>Gabriel Gaveau</i> que Lavier présentait en 1981 dans l’exposition « Cinq pièces faciles » à la galerie Eric Fabre est en fait un pianola, autrement dit un piano mécanique (son nom générique est celui du modèle lancé en 1895 par la compagnie américaine Eolian), construit par le célèbre atelier français. Un pianola n’est pas exactement, pas seulement, un piano (même si l’on peut aussi en jouer). Il est aussi une mécanique de précision, qui se « conduit » avec des pédales, capable d’accélérations puissantes commandées grâce à de petites manettes au clavier : un cousin de salon, en somme (ou de cabaret, voire de bordel, si l’on pense aux occurrences du motif du pianola dans les chansons de Marlene Dietrich ou les poèmes d’Aragon), des automobiles notoirement chères à Lavier, et notamment des Ferrari — comme la 308 GTS qui deviendra à son tour, en 1998, un <i>Objet peint</i>. Il est enfin, plus qu’un instrument de musique, un instrument de sa reproduction mécanique, mais d’une reproduction mécanique qui permet une certaine expressivité. Tout comme l’application, à l’échelle juste, de la « touche Van Gogh » sur les <i>Objets peints</i> permet d’évoquer, <i>tongue in cheek</i>, ce cliché de l’expressivité moderne et du goût artiste.<br> <br> <span class="alinea"></span>On admettra sans peine la minceur de ce distinguo entre piano et pianola, et qu’il se situe à la limite de la surinterprétation. Une surinterprétation qui, espérons-le, ne déplaira pas à Bertrand Lavier. Ne confiait-il pas, en 2004, dans un entretien avec Daniel Soutif : « l’œuvre peut faire converger un certain nombre d’interprétations contradictoires. […] Ces interprétations après coup sont, non seulement recevables, mais même indispensables, car si les œuvres d’art devaient se réduire aux intentions conscientes de leurs auteurs, elles seraient presque inutiles ».
 
Bertrand LAVIER<br><i>Manubelge</i>, 1982<br>Armoire à pharmacie, verre, métal, peinture acrylique Liquitex 165 × 74 × 32 cm
 
Bertrand LAVIER<br><i>Gabriel Gaveau</i>, 1981<br>Piano à queue, peinture acrylique Liquitex 151 × 200 × 204 cm
 

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Revue Pinault Collection - Numéro 05

 

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