<span class="chapeau">À Punta della Dogana, « Accrochage » présente une sélection d'œuvres de Michel Parmentier (1938-2000) qui se caractérisent par un radicalisme conceptuel et un minimalisme militant.</span> <br><br> <div class="auteur col m-4"> <div class="inner"> <div class="white"> <a class="switch">Texte</a><br> <b>Alfred Pacquement</b><br> <span>Ancien directeur du MNAM — Centre Pompidou</span> </div> </div> </div> <br><br><br> <div class="clearfix"> <span class="col m-1"> </span><span class="title">Michel</span><br> <span class="col m-2"> </span><span class="title col">PARMENTIER</span> </div> <div class="clearfix"> <br><br> <span class="alinea"></span>Peu de peintres ont opté pour des positions aussi radicales que Michel Parmentier, tant dans les deux phases de sa production picturale que lors de la longue parenthèse qui le vit cesser son travail pendant quinze ans. Au cours de trois années (1966-68) il réalise des peintures toujours identiques, de format unique et issues du même processus, dont seule change la couleur. Il les décrit ainsi : « toutes les mêmes : des bandes alternées horizontales, égales de 38cm de large… chaque année la couleur change pour éviter qu’une éventuelle signification puisse être donnée à une couleur unique préférentielle voire obsessionnelle ou symbolique » ( 1 ). Poussant la logique de cet acte répétitif, il s’interrompt à la fin de l’année 1968. <br><br> <span class="alinea"></span> En 1983, il renoue avec cette pratique sans concession et reprend la peinture là, précisément, où il l’avait laissée, avec des toiles parfaitement identiques aux précédentes mais cette fois de couleur noire. Le procédé en est le même : la peinture est projetée au pistolet ou à la bombe sur de larges bandes horizontales préalablement pliées laissant en réserve la toile blanche révélée lors du dépliage, selon la méthode empruntée à Simon Hantaï. Parmentier y pousse à l’extrême « la lancinante fascination du geste couvrant pour rien » ( 2 ).<br><br> <span class="alinea"></span> Dès lors la suite du travail, reprenant la même structure de bandes alternées à travers leur pliage préalable, mais cette fois sur papier ou sur calque, constitue une phase tout à fait passionnante, et relativement moins étudiée tant on a tendance à réduire cette démarche aux acquis des seules années fondatrices. Parmentier renonce à la peinture, à la couleur. Il cherche, en la poursuivant, à appauvrir sa démarche, à s’écarter du caractère encore par trop présent de l’objet pictural pour des œuvres quasi évanescentes : des bandes d’un précaire papier d’imprimerie jauni recouvertes de graphies à la mine de plomb à peine visibles, « balbutiements graphiques » comme Parmentier les qualifie ; suivies de fragiles feuilles de calque transparent sur lesquelles il applique des traces frottées au fusain puis des aplats de pastel ou d’oil bar, voire qu’il laisse vierge de toute inscription, se contentant de l’acte de pliage. Dans ses toutes dernières œuvres, la confusion visuelle entre les traces blanches et le blanc crémeux du calque ne sont pas sans rappeler les ultimes peintures de Simon Hantaï, les « Tabulas Lilas », pliages de peinture blanche sur toile blanche. Comme ce dernier, Parmentier cherche à brider tout effet de talent pictural (dont il était pourtant largement doté comme en témoignent ses premières œuvres, dans les années soixante, qui lui valurent le prestigieux prix Lefranc). Il revendique la neutralité, le geste inexpressif, d’inscrire à l’aveugle le silence sur le papier. Position exemplaire, à rebours des productions spectaculaires et médiatiques qui inondent le monde de l’art contemporain.<br><br> 1 — Michel Parmentier, tract, 6 décembre 1967.<br> 2 — Michel Parmentier in <i>Artistes</i>, n° 11, Paris, 1982. </div>
 
Michel PARMENTIER<br /><i>30 octobre 1966</i> — 1966<br> Peinture sur toile libre, 7 bandes horizontales peintes, alternées bleu et blanc de 38 cm de largeur (4+3) et, en bas, 1 bande blanche partielle de 13 cm<br> 274 × 209 cm
 
Michel PARMENTIER<br /><i>30 janvier 1968</i> — 1968<br> Laque rouge coquelicot Ripolin sur toile libre<br> 251 × 229 cm
 
Michel PARMENTIER<br /><i>13 janvier 1984</i> — 1984<br> Peinture sur toile libre, 7 bandes horizontales peintes, alternées noir et blanc de 38 cm de largeur (4+3) et, en bas, 1 bande blanche partielle de 15,5 cm<br> 281,4 × 243 cm
Michel PARMENTIER<br /><i>16 juillet 1988</i> — 1988<br> Traits de mine de plomb sur papier<br> 307,5 × 687,5 cm
 
Michel PARMENTIER<br /><i>6 juin 1991</i> — 1991<br> Papier calque plié et laissé vierge puis déplié, 7 bandes horizontales de 38 cm de hauteur avec au bord supérieur une bande partielle de 19 cm et en bas une bande partielle de 19 cm<br> 304 × 308 cm
 
Michel PARMENTIER<br /><i>31 mars 1993</i> — 1993<br> Oil-bar blanc appliqué à plat, verticalement, sur calque/film/polyester herculène. 7 bandes horizontales alternées de 38 cm de largeur (4+3) et, en haut et en bas, deux bandes partielles vierges de 19 cm<br> 304 × 300 cm
 

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Revue Pinault Collection - Numéro 06

 

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