<span class="chapeau">En octobre 2015, le commissaire d'exposition argentin Carlos Basualdo a tenu au Teatrino un cycle de conférences consacré au travail de Marcel Duchamp, notamment son influence sur Les artistes contemporains tels que Pierre Huyghe, Philippe Parreno ou Jasper Johns.Verbatim.</span> <br><br><br> <div class="clearfix col m-8"> <span class="title">How to live?</span><br> <span class="title col">Marcel Duchamp</span><br> <span class="title col">et l'art contemporain</span> </div> <div class="auteur col m-4"> <div class="inner"> <div class="white"> <a class="switch">Texte</a><br> <b>Carlos Basualdo</b><br> <span>Conservateur responsable du departement art contemporain, <br>Philadelphia Museum of Art</span> </div> </div> </div> <div class="clearfix"> <br><br> <span class="alinea"></span>Quand on choisit de réfléchir à la question de la vie, le défi consiste à établir la différence entre ce qu’on pourrait appeler la « vie biographique » et une vie-œuvre d’art. Je poserai le postulat qu’elles ne sont pas tout à fait identiques, mais qu’elles sont néanmoins intimement liées. Dans les deux cas, nous pensons, sans doute, à quelque chose qui se déroule dans le temps. Il est clair que l’on ne peut pas dire d’un objet qu’il se « déroule » dans le temps de la même manière qu’on le dit d’une vie ; notre rapport à l’objet est basé sur le temps, mais il existe indépendamment de ses développements. Et donc, la première conséquence, quand on considère une vie comme une œuvre d’art, c’est la présupposition de la dimension temporelle de cette œuvre. <br><br> <span class="alinea"></span> Reste la question de l’apparence de cette œuvre d’art, quand elle est une vie. Je vous ai invité à considérer qu’une œuvre d’art conçue comme une vie, non seulement se déroule dans le temps, mais qu’elle y déploie également un certain nombre d’éléments hétérogènes. Parmi eux, il y aura certainement des objets, parce que l’artiste fait des objets ; mais il y aura également des gestes — et l’on constate avec quelle insistance Duchamp mentionne les gestes dans ses interviews. Il y fait référence de façon répétée, parlant parfois spécifiquement de « gestes esthétiques » susceptibles de composer l’équivalent d’un tableau vivant... Mais il y a du langage également. Le langage écrit et parlé est absolument essentiel pour Duchamp. Son rôle fondamental est d’autant plus évident que c’est par le biais de ce médium — dans ses notes et ses interviews — qu’il établit avec le plus de force et d’insistance le rapport qui unit l’art et le temps. Objets, gestes, langage, et les relations qu’ils entretiennent entre eux ; voilà donc ce que seraient les composantes d’une vie conçue en tant qu’œuvre d’art. [...]<br><br> <span class="alinea"></span>Duchamp a réalisé <i>Roue de bicyclette </i>en 1913, mais c’est seulement en 1916, dans une lettre adressée à sa sœur Suzanne, qu’il fait appel à la notion de ready-made. Et c’est rétrospectivement qu’il déclarera que des œuvres comme <i>Roue de bicyclette</i> étaient en fait des ready-mades. La question qui se pose est donc la suivante : qu’était <i>Roue de bicyclette</i> avant de devenir un ready-made ? Était-ce une œuvre d’art ou pas ? Duchamp a souvent déclaré au cours d’interviews qu’il n’avait pas l’intention, au départ, de faire de <i>Roue de bicyclette</i> une œuvre d’art. Donc, s’il ne s’agissait pas à l’origine d’une œuvre d’art, comment a-t-elle pu le devenir ? S’agissait-il d’une œuvre sans nom ? Qu’est-ce que cela signifie, pour une œuvre d’art, de ne pas avoir de nom ? Et cela implique-t-il que l’on ne peut concevoir de vie comme œuvre d’art que quand elle se compose exclusivement de gestes, quand elle est pleine d’objets qui n’ont pas de noms ? L’absence de nom est-elle une condition <i>sine qua non</i> pour penser une vie comme œuvre d’art ? Je le crois. Et je pense que la relation problématique à la signification, qui est partie prenante de l’absence de nom, est fondamentale pour penser une vie en tant qu’œuvre d’art. Ce que j’en conclus, c’est que si l’on veut pousser la réflexion au-delà de la définition traditionnelle d’œuvre d’art, on pénètre dans un territoire où les noms n’existent pas. On pénètre dans un territoire où il n’est pas toujours possible d’établir une connexion entre action et signification, où la possibilité même de signification reste toujours suspendue et sujette au hasard. <br><br> </div>
 

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Revue Pinault Collection - Numéro 06

 

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