Bourse
de
commerce
 
<!-- ----- auteur ------ --> <div class="col m-4 auteur pull-left"> <div class="inner"> <div class="white"> <a class="switch">Texte</a><br> <b>Pierre-Antoine Gatier</b><br> <span>Architecte en chef des monuments historiques</span> </div> </div> </div> <br> <br> <br> <br> <br> <!-- ----- chapeau ------ --> <span class="chapeau">Bâtiment historique prestigieux, la Bourse de Commerce embrasse quatre siècles de prouesses architecturales et techniques. Cet édifice associe la première colonne isolée de Paris édifiée au XVIe siècle ET les vestiges d’une Halle au blé circulaire disposée au centre de l'un des plus importants projets de lotissement parisien du XVIIIe siècle, couverte de la première coupole en fer de fonte de grande portée du début du XIXe siècle. Cet ensemble a été recomposé en 1889 pour y implanter la Bourse de Commerce.</span> <br> <br> <br> <br> <br> <br> <small><b>Double page précédente :</b><br> La Bourse de Commerce se situe au cœur de Paris, à mi-chemin entre le musée du Louvre et le Centre Pompidou.</small>
 
Autour de la Bourse de Commerce, le quartier des Halles a été profondément réaménagé.
 
<b>1574-1584 : édification de la colonne de Médicis</b> <br><br> <span class="alinea"></span>Sur l’ancien terrain de l’Hôtel de Nesle, alors occupé par le couvent des Filles Repenties, Catherine de Médicis a fait construire sa résidence par l’architecte Jean Bullant entre 1574 et 1584. Elle y fait édifier dans une cour assez étroite la première colonne isolée de Paris, signal de sa puissance dans la ville. À l’origine, la colonne vraisemblablement d’ordre dorique, dispose d’un socle sans ornement et d’un fût orné de cannelures de couronnes, de fleurs de lys, de cornes d’abondance, de chiffres, de miroirs cassés et de lacs d’amours déchirés. En partie haute de la colonne, se dresse une plateforme formant chapiteau, surmontée d’une sphère armillaire en fer. L’accès à la plateforme d’observation s’effectue depuis la porte communiquant avec l’Hôtel de la Reine et un escalier à vis. <br><br> <span class="alinea"></span>Son architecture et sa singularité ont conduit l’écrivain Louis Petit de Bachaumont à défendre sa conservation par son rachat en 1748, lors du projet d’établissement de la Halle au blé sur le terrain de l’ancien Hôtel de la Reine désormais appelé Hôtel de Soissons. Si l’ensemble de l’îlot fait l’objet d’une refonte complète, seule la colonne est conservée et intégrée au grand projet urbain conduit par Nicolas Le Camus de Mézières dès 1763. Dotée d’une fontaine à sa base et d’un cadran solaire mis au point par l’astronome Alexandre Guy Pingré à seize mètres du sol —véritable prouesse technologique puisque mis au point sur une surface courbe— elle devient une entité incontournable du paysage parisien au XVIIIe siècle.
 
Dessins attribués à Alexandre Lenoir illustrant l’intégration de la colonne au sein du projet de Nicolas Le Camus de Mézières.
 
<b>1763-1766 : construction de la Halle au blé par Nicolas Le Camus de Mézières</b> <br><br> <span class="alinea"></span>Le programme d’une Halle au blé à Paris est élaboré à partir de 1763 sur l’ancien site de l’Hôtel de Soissons (propriété du prince de Carignan) dans le cadre des grands projets d’utilité publique décidés dès la seconde moitié du XVIIIe siècle. La conduite du projet urbain est confiée à Nicolas Le Camus de Mézières, architecte expert du roi, qui propose un bâtiment inédit dans ses composantes fonctionnelles, esthétiques et symboliques. Premier monument public conçu au centre de maisons locatives et desservi par un réseau de rues en étoile, le projet fonde son originalité sur la volonté de former deux halles en une, grâce à un bâtiment en arcades déployé autour d’une cour centrale. Le choix d’un plan circulaire représente une rupture avec le schéma traditionnel des halles-nefs et annonce clairement son usage. <br><br> <span class="alinea"></span>La modernité de la Halle au blé s’exprime également dans l’expérimentation de nouveaux modes de construction semblant s’inspirer de l’architecture gothique. En effet, Nicolas Le Camus de Mézières réalise le couvrement intérieur des arcades et les planchers grâce à une structure révolutionnaire, construite dans le but de prémunir contre le feu. Pour fortifier l’ensemble, les éléments métalliques sont noyés dans la maçonnerie. Ces dispositions, très modernes, permettent une ventilation, une transparence et un éclairage optimaux. <br><br> <b>1806-1813 : reconstruction de la coupole en fer par François-Joseph Bélanger et François Brunet</b> <br><br> <span class="alinea"></span>Peu après la mise en service de la Halle au blé, des débats sont engagés sur le couvrement du vide central. En 1783, un premier projet de coupole « légère » constitue le plus grand espace couvert d’une seule voûte en France. En 1802, un incendie provoque l’effondrement de l’ensemble de la couverture. Il faut attendre 1813 pour que François-Joseph Bélanger réalise le premier châssis en fer de fonte dressé pour de si grandes portées en France au début du XIXe siècle.
 
Affiche célébrant l’ouverture de la Bourse de Commerce.
 
<b>1885-1889 : transformation en Bourse de Commerce par Henri Blondel</b> <br><br> <span class="alinea"></span>En raison de la faible activité du marché des grains, la Halle au blé ferme en 1873. Dès 1881, le projet de transformer la Halle au blé en Bourse des marchandises, est annoncé et, en 1886, l’architecte Henri Blondel est désigné pour concevoir une refonte complète de l’édifice. Elle comprend la destruction totale de l’élévation extérieure (hors colonne de Médicis conservée et un seul des deux escaliers à double révolution) remplacée par une nouvelle enveloppe, la création d’un entresol, l’adjonction d’un étage supplémentaire et la couverture à mi-hauteur de la coupole. <br><br> <span class="alinea"></span>Cette transformation intègre de nouveaux systèmes de distribution, un très large éclairage zénithal, un nouveau portique d’entrée sur la rue du Louvre nouvellement créée, flanqué de quatre colonnes corinthiennes et orné d’un fronton sculpté par Croisy. Le porche d’entrée distribue un vestibule orné de colonnes d’ordre corinthien, de plafonds décorés et moulurés en carton pierre et d’ensembles menuisés conduisant aux deux escaliers en marbre à vide central. Les seules modifications apportées à la façade intérieure du XVIIIe siècle consistent en l’adjonction de balcons qui permettent de la transformer en façade urbaine de la troisième République. Henri Blondel fait par ailleurs maçonner la partie inférieure de la coupole et commande à cinq peintres de grandes peintures murales symbolisant l’histoire du commerce entre les cinq continents : <i>Les quatre points cardinaux</i> par Alexis-Joseph Mazerolle <i>La Russie et le Nord</i> par Désiré-François Laugée, <i>L’Amérique</i> par Evariste-Vital Luminais, <i>L’Asie et l’Afrique</i> par Victor Georges Clairin et <i>L’Europe</i> par Hippolyte Lucas. Ce grand projet parisien est inauguré le 24 septembre 1889, pendant les commémorations du centenaire de la Révolution française lors de l’Exposition universelle. À cette occasion, la réalisation de la tour Eiffel et celle de la coupole de la Bourse de Commerce sont mises en avant pour la promotion des savoir-faire français, notamment en matière de charpenterie métallique.
 
La Halle au blé en cours de transformation en 1887 : subsistent uniquement l’anneau intérieur et l’ossature métallique de la coupole. <br> — <br> La verrière de la coupole a été couverte à mi-hauteur par Henri Blondel en 1889.
 
 

Pinault Collection

Revue Pinault Collection - Numéro 07

 

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