<!-- ----- chapeau ------ --> <span class="chapeau">Depuis janvier 2016, la résidence d’artistes de Pinault Collection accueille Melissa Dubbin et Aaron S. Davidson, ses premiers occupants. à mi-parcours, ils reviennent sur les six premiers mois de leur immersion lensoise.</span> <br> <br> <!-- ----- auteur ------ --> <div class="col m-4 auteur noclick pull-right"> <div class="inner"> <div class="white"> <a class="switch">Texte</a><br> <b>Céline Doussard</b><br> </div> </div> </div> <br> <br> <!-- ----- titre ------ --> <div class="col m-10"> <span class="title">Melissa Dubbin</span><br> <span class="title">&</span> <span class="title">Aaron S.Davidson</span> </div> <!-- ----- texte ------ --> <div class="clearfix"> <br><br> <span class="alinea"></span>Melissa et Aaron avaient déjà des liens avec la France. D’ailleurs, c’est à Paris, en 2014, que Caroline Bourgeois leur apprend qu’ils ont été sélectionnés pour le nouveau projet de Pinault Collection, une résidence dans le nord de la France : « Nous avons ajusté notre vie et nos projets à cette année de résidence à venir… tout en nous demandant si cela était bien réel ». <br><br> <span class="alinea"></span>Pendant un an et demi, Melissa et Aaron préparent leur expatriation, depuis leur studio à Brooklyn, New York, à cinq mille kilomètres du bassin minier. Ils sondent l’actualité de la région et survolent la ville sur Google Earth. Ils ne sont pas étrangers à l’histoire de ce territoire. Ils sont tous deux issus de familles de mineurs. Le grand-père d’Aaron a même été pilote volontaire dans la Royal Air Force pendant la Seconde Guerre mondiale. Dans son journal, il raconte ses vols au-dessus du plat pays : « Des récits de mines et de guerre sont présents dans nos histoires. Elles transcendent notre simple appartenance à un territoire particulier ». <br><br> <span class="alinea"></span>L’enjeu de la résidence, pour eux, est de taille : « Une résidence comme celle-ci permet d’accompagner la croissance significative de notre travail ». Pour Mélissa et Aaron, Lens est à la fois un refuge et une source d’inspiration : « Chaque jour, deux terrils en face de nous, le Louvre au bout de la rue, l’influence de ce territoire ne peut être ignorée… il pénètre notre quotidien et se rappelle à nous, même quand nous jardinons ». Ils rapprochent ces terres détruites et l’histoire tourmentée de la mine à des références plus personnelles. De <i>La Jetée</i> de Chris Marker aux ouvrages d’Ursula K. Le Guin : « C’est une zone auto-dévastée qui a connu des catastrophes successives. Nous essayons de trouver des connections entre ce paysage et des éléments appartenant à notre univers, qui pourraient paraître étrangers mais qui ne le sont pas ». <br><br> <span class="alinea"></span>Alors qu’ils étudient les relevés géologiques de la ville, ils se figurent une forêt préhistorique engloutie sous leurs pieds — « cette image a été très active depuis notre arrivée et nourrit notre imaginaire. Je l’imagine, là, très présente, presque verticale » confie Melissa. La proximité du Louvre-Lens les invite à se poser la question de la vie souterraine et d’un éventuel tournant culturel : « Il y a eu cette inversion : l’industrie minière qui consistait à sortir le charbon des profondeurs a été remplacée par le tourisme culturel qui implique maintenant d’enterrer les œuvres d’art pour les protéger. Ces dernières retournent à l’endroit où est partiellement né le problème ». <br><br> <span class="alinea"></span>Leur voisin, Bernard Ramon, véritable « ambassadeur » de la Cité 9, joue également un rôle indéniable dans le quotidien des artistes. Un jour, il leur apporte un livre - <i>Le Jardin du mineur</i> d’Arthur Choquet - qui est le titre provisoire d’une vidéo que Melissa et Aaron sont en train de produire en collaboration avec Le Fresnoy (Studio national des arts contemporains de Tourcoing). Par ailleurs, la rencontre avec Amor Belhis, ancien ingénieur des mines de 91 ans a été un détonateur. Ce dernier a découvert les plus grands échantillons de végétaux préhistoriques fossilisés dans les mines du nord de la France qui enrichissent aujourd’hui les collections des musées d’histoire naturelle de Lille et de Paris. En jardinant eux-mêmes, ils découvrent des feuilles fossilisées ou des bris de verre, réminiscences du passé où les jardins de mineurs étaient inspectés et représentaient une forme de contrôle social. <br><br> <span class="alinea"></span>Au quotidien, Melissa et Aaron s’engagent à la fois dans la production d’œuvres « qui se donnent à voir rapidement » et des projets au long court faisant intervenir d’autres corps de métier. À Lens, ils poursuivent notamment un travail débuté aux États-Unis, d’intéraction entre des céramiques et du son. Certaines d’entre elles étaient exposées dans les galeries Untilthen et Campoli Presti, à Paris, en avril 2016, en parallèle de leur vidéo <i>Nobody Shoots a Broken Horn</i>. L’alliance de ces deux œuvres au sein d’une même installation crée un phénomène archéoacoustique recherché par les artistes, dont l’idée était déjà présente dans une œuvre de 2008, <i>You Love Me Truly</i>. « [Depuis notre arrivée à Lens,] nous avons également travaillé à modifier l’ancrage d’images sur toile en utilisant du sel, du nitrate d’argent et le cuivre de câbles recyclés ». Ces tableaux sont à la jonction de la proto-photographie et des moyens modernes de transmission de l’image et du son. Les câbles agissent comme partie intégrante de la formation de l’image mais aussi comme des filtres conduisant le son. Des liseuses cassées, dont la dernière page lue par son ancien propriétaire reste capturée à l’écran, peuplent également leur atelier. Une autre manière d’explorer les idées de filtre et de fixation de l’image. <br><br> <span class="alinea"></span>Les artistes ont également entrepris une série de sculptures avec des souffleurs de verre de laboratoire. Contrairement à ces derniers qui font disparaître les imperfections lors du processus de chauffe, Melissa et Aaron veulent rendre la vie aux défauts de ces objets, ces distorsions habituellement effacées. Cette recherche d’anamnèse, conservée en mémoire au sein des matériaux, avait déjà été éprouvée en 2014 avec <i>Making a Record (Diamond, Ruby, Sapphire, Emerald)</i>. Une installation où des pierres sont utilisées comme moyen d’enregistrement de leur propre histoire, avec l’idée qu’elles contiennent déjà en elles les traces de leur passé. <br><br> <span class="alinea"></span>Enfin, l’étude de soufflets les conduit vers l’investigation d’une nouvelle série en cours. Ils les observent d’abord sur les zooms des appareils photo puis dans certains instruments de musique, avant de s’intéresser à des structures plus complexes composant notamment les housses de protection ou habits pour robots : « Ainsi, nous nous sommes mis à créer ces housses de protection. Nos expérimentations vont de la création d’habits pour des robots de tous types, existants ou de notre invention. Nous aimerions aussi que cette enveloppe puisse acquérir sa propre autonomie ». <br><br> <span class="alinea"></span>Quand ils laisseront leur place, Melissa et Aaron repartiront avec de nombreux projets en cours, mais pas seulement : « Ici, nous avons trouvé une méthodologie qui sera facile à transposer à New York. Nous avons créé un cadre de travail qui pourra continuer à fonctionner en dehors de cet espace ». Avant cela, et en leur qualité de premiers habitants, ils souhaitent explorer toutes les possibilités que leur offre la résidence à Lens. </div>
 
 
 
 
 
 
 
Melissa DUBIN & Aaron S. DAVIDSON
Not yet titled — 2016 — Sel, nitrate d'argent et cuivre sur lin 90×190 cm
 
 
 
 

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Revue Pinault Collection - Numéro 07

 

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